« Être ou ne pas être »… Cette réplique emblématique, prononcée par un Hamlet tourmenté dans le texte original de Shakespeare, pourrait être transformée en « y assister ou ne pas y assister », lorsque vient le temps de parler de Hamlet, certes, mais dans sa version revisitée par Angela Konrad, à l’Usine C, jusqu’au 21 février.
D’emblée, le défi est toujours particulier lorsqu’on joue les classiques, surtout si on choisit de sortir du cadre. L’action se déroule visiblement dans des temps actuels, mais le respect de la majorité du texte d’origine apporte au tout une solidité, une profondeur.
Pour la solidité, il faut aussi compter sur le superbe jeu de Céline Bonnier, qui démontre toute l’ampleur de son talent, dans une interprétation très exigeante, passablement physique et tout à fait convaincante.
Oui, l’expérimentée Céline Bonnier nous donne l’impression qu’elle n’a pas 30 ans, tellement son Hamlet est crédible. La douleur, le désarroi et le désir de vengeance du prince de Danemark sont palpables et le quatrième mur répond avec sérieux à sa demande de l’aider à démasquer l’assassin du roi.
Hélas, tout n’est pas du même niveau sur scène. Si la reine (Marie-Thérèse Fortin) et Polonius (Jean Marchand) sont constants et adéquats, le roi (Kevin McCoy) est tellement surjoué que c’en est agressant. Quant à Ophélie (Marie Line Mwabi Bouthillete) la qualité de son jeu varie sensiblement. Dans la plupart de ses apparitions, elle donne l’impression d’être une candidate qui n’a pas encore été admise au conservatoire alors qu’elle est tout à fait convaincante dans la scène de sa confrontation avec Hamlet.
Quand nous parlions de sortir du cadre, nous voulions surtout mentionner les scènes filmées avec un effet de lunette à infrarouges dans lesquelles on voit la reine complètement désemparée qui court éperdument dans les coulisses d’une salle de spectacle. Cette scène se situe quelque part entre la scène du métro, jouée par Isabelle Adjani dans le film Pulsions et n’importe quel extrait « effrayant » de Blair Witch Project! C’est tout à fait déplacé et inutile: c’est là que nous avons décroché.
Malgré la pertinence des décors, l’efficacité des éclairages, l’excellent choix musical et, rappelons-le, l’immense performance de Céline Bonnier, nous sommes ressortis déçus.





