Chez nos voisins américains, les règlements sur la qualité de l’air sont généralement la prérogative des États, et dépendent donc largement des élus locaux, malgré l’adoption, en 1970, du Clean Air Act, une loi fédérale visant à standardiser la lutte contre la pollution. Et donc, indique une nouvelle étude, l’appartenance politique des dirigeants peut donc avoir une grande influence sur les émissions nocives.
Les travaux en question, réalisés par des chercheurs de Penn State, les installations industrielles sises dans des districts représentés par un démocrate ayant gagné ses élections de justesse émettent, en moyenne, environ 30% de polluants en moins, comparativement aux circonscriptions gagnées de peu par un républicain.
Pour parvenir à cette conclusion, les auteurs ont évalué par moins de 40 000 usines et plus de 5000 élections à la Chambre des représentants sur une période de 25 ans.
Les chercheurs ont aussi découvert que les compagnies possédant des usines dans plusieurs districts (l’équivalent des comtés à la Chambre) avaient « transféré » leurs émissions polluantes à l’extérieur des régions contrôlées par des républicains.
Cette « réallocation » était associée à de possibles impacts financiers, pour les entreprises, ainsi qu’à des inquiétudes, en matière de santé publique, dans les communautés locales.
« Les compagnies ont un bien plus grand contrôle, sur leurs émissions polluantes, que nous ne le pensions », affirme ainsi Stefan Lewellen, professeur adjoint en finance et coauteur de l’étude.
« Cette étude porte à croire que même quelque chose d’aussi peu important qu’un représentant local, qui utilise son influence politique pour intervenir, peut pousser ces entreprises à réduire la pollution, où à relâcher leur contrôle sur celle-ci, et ce, de façon assez significative. »
Après tout, les élus à la Chambre n’ont généralement pas beaucoup d’influence législative directe dans leur circonscription, et la plupart des interventions de l’Agence de protection de l’environnement se produisent à l’échelle des États, mais aussi des municipalités, mais les politiciens conservent un certain pouvoir, soutient le chercheur par voie de communiqué.
« Ce qui est particulier, avec le soft power (le pouvoir de l’influence politique, NDLR), c’est qu’il n’y aura jamais de trace claire de son efficacité », a poursuivi le Pr Lewellen.
« Les politiciens pourraient faire pression sur les entreprises en allant voir les autorités réglementaires des États et réclamer plus (ou moins) d’inspections. Vous n’allez jamais être témoin de l’appel, ou de la rencontre autour d’un café, et vous devez donc fouiller ailleurs pour trouver des preuves. »

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Quand les inspections font la différence
Toujours selon l’étude, dans les districts gouvernés par des démocrates, les taux d’inspection étaient plus élevés de l’ordre de 34%, et on recensait aussi environ 30% d’interventions réglementaires, dont une majorité de gestes informels, comme des mises en demeure, plutôt que des interventions plus lourdes telles que des amendes ou des enquêtes.
« Les compagnies n’aiment vraiment pas les amendes, parce qu’elles tendent à générer de la publicité négative », souligne le Pr Lewellen. Selon ce dernier, les entreprises vont donc généralement réduire leurs émissions, mais seulement pour éviter des pénalités encore plus importantes.
Par ailleurs, l’effet de la couleur politique d’un district se ressent aussi du côté des hôpitaux, alors que dans les régions sous contrôle républicain, on dénotait de 7 à 8% plus de cas de maladies respiratoires, et des coûts de soins de santé plus élevés dans une proportion de 7 à 13%.
Et lorsque le scrutin suivant se produit et que la région change de main, le passage d’un élu démocrate à un républicain serait accompagné, en moyenne, de 67 visites supplémentaires à l’hôpital, et à des frais de santé supplémentaires d’environ 628 000 $ US, chaque année.
« Les préférences des politiciens sont ainsi tout aussi importantes que les lois qui sont adoptées, lorsque vient le temps de décider de ce qui se produit dans leur comté », conclut le Pr Lewellen.





