Nos chansons populaires deviennent-elles plus ternes, avec le temps? Selon une étude de chercheurs de l’Université d’État du Michigan, ce serait effectivement le cas, alors qu’une analyse de plus de 38 000 titres musicaux révèle des textes moins explicites à propos des émotions et des relations – autant entre les générations qu’à travers les carrières d’artistes.
Les travaux, publiés dans Psychology of Aesthetics, Creativity and the Arts, portent sur les oeuvres de 230 artistes, qui ont été créées entre 1947 et 2024.
« Beaucoup d’autres travaux ont cherché à savoir si la musique avait changé, en fonction des décennies, mais on compte bien moins de recherches pour déterminer si les artistes avaient eux-mêmes changé, au cours de leur carrière », a déclaré Jan Brascamp, coauteur de l’étude et professeur adjoint au département de psychologie de l’Université d’État du Michigan.
« En observant les deux aspects en même temps (les différences en fonction de l’époque et les changements chez les artistes, NDLR), nous pouvons commencer à séparer les transformations qui se produisent chez les artistes des changements plus vastes dans la culture et l’industrie de la musique. »
Ainsi, l’étude a révélé que les paroles des chansons devenaient moins chargées en émotions et portaient moins sur des enjeux sociaux, avec le temps. Chez les artistes, l’emploi de mots à connotation négative, mais aussi positive, diminuait au fil des années, tout comme les références à la famille et aux amis.
Par ailleurs, l’emploi de termes évoquant l’anxiété a augmenté, alors que les paroles sont devenues moins tristes.
Sur les 230 artistes analysés, c’est Willie Nelson qui a écrit le plus grand nombre de chansons, alors que c’est Miles Davis qui compte le moins de paroles.
De leur côté, les vedettes de la soul et du début du rock’n’roll, comme Marvin Gaye et The Supremes, ont tendance à proposer un grand nombre de paroles évoquant des émotions et des références sociales positives.
À l’opposé, des artistes donnant la contreculture, comme Nine Inch Nails et les Sex Pistols, se retrouvent généralement à l’autre bout du spectre.
Enfin, les artistes plus anciens donnant dans le country et le blues, comme Hank Williams et Patsy Cline, étaient très largement représentés dans les catégories de paroles négatives et évoquant la tristesse, indique-t-on par voie de communiqué.

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Au-delà du cadre psychologique
Les auteurs de l’étude se disent d’ailleurs surpris de constater que les paroles de chansons ne respectent pas le rythme de vieillissement psychologique naturel.
« Les gens deviennent généralement plus en contrôle de leur émotions, avec le temps, tout comme ils s’investissent davantage dans des relations importantes, alors nous pourrions nous attendre à ce que les paroles de chansons deviennent plus positives ou évoquent davantage les relations interpersonnelles, à mesure que la carrière d’un artiste suit son cours », indique Logan Gibson, principal auteur de l’étude.
« En fait, c’est l’inverse: les émotions positives et les références à la vie sociale ont diminué. Cela veut dire que les paroles pourraient être influencées par des forces très fortes liées à des questions artistiques, culturelles ou de l’industrie musicale. »
« La musique n’est pas que du divertissement », soutient pour sa part William Chopik, un autre coauteur de l’étude.
« Les gens utilisent la musique pour réguler leurs émotions, se comprendre, développer leur identité et se sentir liés à d’autres personnes. Cela fait en sorte que les paroles sont une trace historique de ce dont les artistes – et potentiellement le public et la culture autour d’eux – choisissent de parler. »
« Et donc », mentionne encore le Pr Chopik, « lorsque nous voyons un vaste déclin dans les langages émotionnels et sociaux, cela suscite des questions intéressantes quant à savoir si les façons dont nous exprimons des sentiments et parlons des relations personnelles ont changé ».





