Le romantisme russe était au rendez-vous, la semaine dernière, à la Maison symphonique: l’Orchestre symphonique de Montréal (OSM) y rassemblait en effet les oeuvres de deux maîtres de ce courant musical, notamment pour y présenter L’Oiseau de feu, de Stravinsky.
Mais avant de remonter dans le temps (et de changer de continent), place au talent d’ici: l’OSM, comme toujours sous la direction du chef Rafael Payare, avait ainsi programmé une oeuvre d’un compositeur québécois, Samy Moussa.
Le morceau en question, intitulé Elysium, a été composé en 2021 et présenté pour la première fois cette même année, à Barcelone.
Nous voilà maintenant, cinq ans plus tard, avec ce qui pourrait peut-être être qualifiée de mise en bouche, avec moins d’une quinzaine de minutes au compteur. Mais quelle mise en bouche! Avec cette ouverture qui déconcerte, ces sonorités sortant juste assez des sentiers battus, on en vient rapidement à se demander si M. Moussa ne s’est pas inspiré de l’univers de la science-fiction pour composer son oeuvre.
Impossible, en effet, de ne pas retrouver ici des sonorités évoquant la bande sonore du chef-d’oeuvre qu’est Blade Runner. Sans tomber directement dans l’imitation de Vangelis, dont le travail pour ce film demeure remarquable, force est d’admettre qu’en écoutant la création de M. Moussa, on imagine sans mal une perpétuellement plongée dans la nuit, où androïdes et humains vivent entassés les uns sur les autres.
Plus largement, cet Elysium, soit l’Élysée, ou encore l’au-delà du monde grec, ne dépareillerait pas dans un film d’aventure, ou encore dans un récit initiatique.
En quelques mots, nous sommes devant quelque chose de franchement très réussi; on ne peut qu’espérer que ce compositeur puisse continuer d’explorer cet univers musical.
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L’éternelle beauté du romantisme
Tout juste après cette ouverture, c’était l’occasion d’entendre l’un des grands violonistes de notre époque: Leonidas Kavakos, véritable tête d’affiche de ce concert, qui interpréta le Concerto pour violon op. 35 de Tchaïkovski.
Les mots manquent un peu, paradoxalement, pour décrire toute la subtilité, la complexité et la beauté de ces trois mouvements; on pourra peut-être se contenter d’affirmer qu’entre les mains de l’artiste, le violon de ce dernier a canalisé toute la force, mais aussi toute la fragilité de l’âme slave.
De la paix à la fureur, de l’incertitude à la volonté de fer, les 30 minutes que dura ce morceau furent l’occasion de voyage dans l’espace, mais aussi dans le temps, pour voguer le long des partitions de Tchaïkovski.
Le maître russe a beau avoir passé l’arme à gauche il y a plus d’un siècle, il n’en reste pas moins qu’avec les bons interprètes, son catalogue demeure bien vivant, lui.
Chapeau à M. Kavakos, d’ailleurs, pour qui l’interprétation semblait relever de la simple promenade, bien que ce niveau de jeu nécessite forcément des décennies d’apprentissage.
Après l’entracte, enfin, Tchaïkovski a cédé sa place à Stravinsky, pour une interprétation intégrale de L’Oiseau de feu.
Et ici, un questionnement s’impose. L’idée n’est pas que les musiciens (ou leur chef) ne sont pas adroits, compétents, ou qu’ils ne sont pas en mesure de donner vie à une partition, aussi complexe soit-elle.
Non, l’interrogation porte sur le fait qu’un ballet est, forcément, construit autour d’une présentation visuelle – une danse, dans ce cas-ci. Tout comme on n’oserait probablement pas offrir une interprétation de l’intégrale de la bande sonore d’un film, par exemple, proposer la trame sonore d’un spectacle d’abord visuel a quelque chose d’étrange.
On comprend qu’il est évidemment impossible, en fonction de la configuration de la Maison symphonique, d’y dégager un espace suffisant pour y faire évoluer des danseurs, et encore moins d’y installer un décor. Mais force est d’admettre que, malgré tout le talent que l’on connaît à Stravinsky, il faudra patienter jusqu’au dernier tiers de cet Oiseau de feu pour que les choses s’emballent un peu et que l’on cesse d’avoir l’impression d’être privés d’une partie du spectacle.
Cette soirée fut certainement réussie, aucun doute n’est possible. Mais on se prend à imaginer, par exemple, une interprétation avec décors et danseurs de ce genre d’oeuvres. Un jour, peut-être?





