Il n’aura fallu que quelques minutes, lors du concert donné jeudi par l’Orchestre symphonique de Montréal (OSM), pour comprendre pourquoi les Parisiens s’étaient révoltés, en 1913. Plus d’un siècle après sa création, Le sacre du printemps, d’Igor Stravinsky, continue de déstabiliser.
En fait, l’entièreté du programme semblait conçu pour surprendre: non seulement l’oeuvre de Stravinsky représentait-elle la cerise sur le proverbial sundae musical, mais l’orchestre nous proposait aussi l’étonnant Concerto pour piano no 1 de Tchaïkovski. Impossible de se tourner vers un compositeur russe sans en inviter un autre, semble-t-il.
Deux Russes, donc; deux oeuvres que l’on pourrait pratiquement qualifier de tordues. Car Tchaïkovski a beau être connu pour ses élans romantiques, la partition pour piano avait l’air de tout sauf d’une promenade de santé. Et Bruce Liu, bien installé aux commandes du magnifique instrument de l’OSM, semblait être partout à la fois.

D’un moment de calme à la tempête, l’interprète multipliait les magnifiques envolées, aisément porté par les notes des musiciens de l’orchestre, installés à deux pas.
Ah, il fallait voir M. Liu, mais aussi le chef Rafael Payare et ses troupes, glisser lentement de la musique romantique vers le contemporain, vers l’iconoclaste, vers le décalé.

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Parlant de décalé, que dire de plus sur ce Sacre du printemps, sinon que l’affaire tenait davantage de la messe impie, du sacrifice païen, que de la cérémonie religieuse bien propre? Que le public était sans cesse pris de court par ces changements de rythme, par ces envolées qui venaient s’écraser à nos pieds quelques instants plus tard?
Il y avait quelque chose d’à la fois sacré, dans ce concert, mais aussi de ce qui tenait du sacrilège. Sacré, d’abord, car cette interprétation des trois oeuvres choisies – saluons d’ailleurs la beauté toute marine de La Traversée, un morceau commandé par l’OSM au compositeur Denis Gougeon – tenait de la représentation, l’accomplissement artistique dans le plus pur sens du terme.
Sacrilège, ensuite, car en jetant aux orties les conventions, en tirant ainsi à hue et à dia les spectateurs, les musiciens et leur maestro ont souligné, de façon magistrale, que la musique classique est encore bien vivante, et peut toujours prendre le mélomane par surprise. Y compris, semble-t-il, des dizaines de jeunes en sortie scolaire. Et au diable ceux et celles qui s’en offusqueront.
On aura donc prouvé, à nouveau, toute la splendeur et la profondeur d’un genre qui refuse de mourire. Jusqu’à la prochaine fois…





