Nous savions déjà que le compositeur soviétique Dimitri Chostakovitch était d’une autre trempe; nous savions qu’il pouvait, sans honte aucune, évoluer dans les mêmes sphères que Beethoven, Bach et compagnie; ce que l’Orchestre symphonique de Montréal (OSM) a cependant prouvé, cette semaine, c’est que l’homme est tout à fait capable de nous offrir une oeuvre pouvant autant ébranler les murs que nous tirer des larmes.
Imaginez composer une symphonie rendant hommage à votre ville natale… et devoir fuir ladite ville natale devant l’avancée des nazis. Imaginez, justement, les percussions, les cors, les cuivres… l’«artillerie lourde», en quelque sorte, qui s’active pour représenter la marche des forces allemandes.
En fait, il est difficile de rendre compte de l’ampleur, de la force de ce qui est « seulement » un premier mouvement: difficile de parler de cette caisse claire qui vient interrompre une musique qui frôlait pratiquement le bucolique. Cette même caisse claire, avec son rythme martial, annonce justement la destruction, le chaos, la mort.
Et devant les spectateurs rassemblés dans la Maison symphonique, l’OSM, sous la direction de Rafael Payare, a semblé donner vie à toute cette fureur, à ces explosions, au tonnerre des pièces d’artillerie, au grincement des chenilles des chars progressant implacablement vers leur objectif, vers la cité des tsars, puis celle de ce pilier du communisme soviétique.

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À lui seul, ce fameux premier mouvement pourrait être une oeuvre à part entière. Rarement aura-t-on entendu cette puissance, cette violence, même. Mais une violence qui, si elle est chaotique de par sa nature, se déverse néanmoins sur nous de façon organisée.
Peut-être est-ce là le secret de Chostakovitch: derrière chaque obus qui éclate, derrière chaque bombe qui emporte des soldats, il y a de l’ordre, une raison, un fil conducteur. Comme une artère musicale qui alimente directement le coeur de chaque spectateur pratiquement soufflé dans son siège.
Doit-on s’étonner, à travers cette complexité, cette beauté, mais aussi cette fragilité, de voir maestro Payare devoir s’éponger le front? Lui qui, non content de diriger ses musiciens, semble carrément incarner la musique? La peine, la douleur, mais aussi la résilience, l’espoir, la joie? Est-on surpris de le voir « vivre » cette symphonique magnifiquement brutale de tout son être?
Il ne s’agit évidemment pas de la première occasion où l’OSM propose une spectacle hors du commun. Mais c’est peut-être la première fois où la communion avec la musique est aussi complète, approfondie – mais aussi complexe.
La symphonie no 7 de Chostakovitch est un chef-d’oeuvre. Et mercredi, à la Maison symphonique, l’OSM lui a pleinement rendu justice.





