Jusqu’où êtes-vous prêt pour protéger la femme que vous aimez? Un certain Faust l’apprendra à ses dépens dans La damnation de Faust, une adaptation de l’oeuvre de Goethe par Berlioz, présentée en ouverture de saison 2025-2026 de l’Orchestre symphonique de Montréal (OSM).
Faust, donc, qui s’éprend de la jeune et belle Marguerite. Mais entre les deux tourtereaux se dresse un certain Méphistophélès, prince des ténèbres de son état, qui, sous couvert d’aider le possible couple à faire éclore la passion, s’assurera plutôt de provoquer la perte des deux âmes.
Pour l’occasion, on avait mis les petits plats dans les grands: 250 musiciens et choristes, un spectacle de deux heures… Il n’y a pas à dire, Rafael Payare et son orchestre voulaient donner un grand coup pour lancer cette 92e saison.
Les résultats furent-ils donc à la hauteur des attentes? Oui, assurément: quoi de mieux, après tout, qu’une grande épopée romantique pour faire vibrer la corde sensible du public? Il fallait voir, d’ailleurs, Andrew Staples, magnifique ténor, tomber peu à peu amoureux de sa dulcinée, guidé en ce sens par le sinistre Méphistophélès, interprété par le tout aussi talentueux Willard White. Et Karen Cargill, notre jeune promise, n’était certainement en reste, non plus.
Au rythme des chants, à mesure que résonnaient les délicates notes des harpes, que les cuivres montaient en puissance, que retentissaient les coups des percussionnistes, ou encore que s’emballait le coeur, le public voyageait plus qu’aisément dans cette Europe de l’Est abritant ces événements ultimement déchirants. En marge d’une guerre sanglante, voilà nos amoureux qui, peu à peu, tombaient entre les griffes du diable.
Comme toujours, l’enthousiasme du chef était plus que communicatif; entre les pans de la redingote qui virevoltaient, la crinière qui allait ici et là, et les jambes qui finissaient presque par faire gambader M. Payare sur scène, tant l’action du moment était à son comble, le public était forcément emporté par l’aspect grandiose du moment.
Oui, on pourra toujours critiquer Berlioz, prisonnier des conventions de l’époque, et qui propose une nouvelle déclinaison de la relation amoureuse précipitant la chute des deux tourtereaux. On pourra aussi sourire un peu en coin en voyant le diable passer d’une chanson légère au fait de littéralement prendre possession de l’âme de Faust, ou encore soupirer (intérieurement) en apprenant que l’un des événements les plus importants de l’oeuvre, soit la condamnation à mort de Marguerite, se déroule « hors caméra », et n’est donc rapporté que par la bande…
Mais tout cela repose sur les épaules du compositeur, dont les épaules ne le font plus souffrir depuis belle lurette, justement. Sur le plan musical et technique, cependant, c’est à nouveau un sans faute pour l’OSM. Chapeau bas, d’ailleurs, non seulement aux musiciens et aux choristes, mais aussi aux éclairagistes, des projecteurs permettant d’afficher une poignée de couleurs simples.
Rien qui ne remplacerait un véritable décor d’opéra, mais voir toute la scène prendre soudainement une couleur rouge sang, alors que Méphisto s’empare finalement de l’âme de Faust et que celui-ci est traîné vers les Enfers pour y être torturé, le tout sur fond de musique dantesque, est une expérience particulièrement impressionnante.
La table est mise, donc, pour une saison haute en couleurs et riche en accords de toutes sortes. Vivement la suite!





