Depuis le début du deuxième mandat du président américain Donald Trump, seulement une personne sur trois arrêtée par ICE, la police des frontières dont les agissements sont particulièrement controversés, a été condamnée pour des gestes criminels, révèle une nouvelle étude.
Et selon les chercheurs, dont les travaux ont été publiés dans Proceedings of the National Academy of Sciences, il s’agirait presque d’un seuil historique.
« Nos résultats démontrent que la réalité des agissements des autorités frontalières est très éloignée de l’argument (mis de l’avant par le président et son administration, NDLR) voulant que les arrestations de ICE sont nécessaires pour assurer la sécurité publique, en emprisonnant les gens qui commettent des crimes », a ainsi déclaré, par voie de communiqué, Chloe East, professeure adjointe en économie à l’Université du Colorado à Boulder.
La Pre East et ses collègues ont analysé quelque 1,6 million d’arrestations effectuées par ICE entre octobre 2015 et mars 2026, en se penchant sur l’emplacement des interpellations, la méthode employée, et si la personne arrêtée possédait un dossier criminel.
Il semblerait qu’au début de chaque mandat de M. Trump, son administration a respecté son engagement visant à accroître les activités de ICE. Par exemple, durant les 14 premiers mois du premier mandat de Donald Trump, on comptait environ 436 arrestations par jour, soit 43% de plus que la moyenne quotidienne durant la dernière année du deuxième mandat de Barack Obama.
Et durant les 14 premiers mois du deuxième mandat de M. Trump, ce nombre a bondi à 952 par jour, ou 214% de plus qu’au cours de la dernière année de Joe Biden à la présidence.
Mais si le nombre d’arrestations a augmenté, cela ne veut pas dire que ICE a mis la main au collet de davantage de criminels. C’est en fait le contraire qui s’est produit, affirme-t-on par voie de communiqué.

Vous aimez nous lire et nous écouter? Pour continuer de vous offrir nos contenus, nous avons besoin de vous.
Pour seulement 5$ par mois, contribuez au succès de Pieuvre et obtenez l’accès à La Voûte, une série d’épisodes exclusifs du podcast Rembobinage. Abonnez-vous dès aujourd’hui!
De moins en moins de personnes condamnées arrêtées
Ainsi, le fait que seule une arrestation sur trois, effectuée par ICE depuis le début du deuxième mandat de Donald Trump, ait permis d’appréhender une personne ayant écopé d’une condamnation au criminel, représente une baisse marquée par rapport aux 52% enregistrés lors de la dernière année de Joe Biden en poste, aux 70% de la première année du premier mandat de M. Trump, ou encore aux 79% de la dernière année du mandat de M. Obama.
« Il existe une relation inversement proportionnelle entre le nombre d’arrestations effectuées par ICE et la capacité de cette agence de cibler les gens condamnés au criminel », mentionne encore la Pre East.
L’étude révèle également que les méthodes employées par ICE ont grandement changé, avec une multiplication des arrestations dans des lieux de rassemblement communautaire comme des écoles, des lieux de travail et des aéroports. Par le passé, ICE préférait arrêter des gens qui étaient déjà aux mains des autorités.
En fait, avant le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche, à peine 17% des arrestations étaient effectuées dans des endroits publics. Maintenant, on parle plutôt de la moitié des interpellations.
Et le mot semble avoir été donné pour intervenir massivement dans des régions dirigées par des démocrates, plutôt que par des républicains, le parti du président. À Denver, par exemple, qui est dirigée par un démocrate – et dans un État qui est tout aussi bleu –, les arrestations effectuées par ICE ont bondi de 220%, indique-t-on par voie de communiqué.
La Pre East rappelle, par ailleurs, que cette forte hausse des interpellations pourrait en fait nuire à la sécurité publique, en décourageant les citoyens de signaler des crimes, de peur que ICE arrête des personnes innocentes.
D’autres travaux ont aussi déjà démontré que ces arrestations massives ont un impact particulièrement néfaste sur l’économie américaine, en raison d’un effet d’entraînement, mais aussi d’un refroidissement de l’enthousiasme des entreprises, dont la main-d’oeuvre, même en règle, peut ainsi être arrêtée à tout instant.
Seulement durant 2025, les arrestations de ICE pourraient avoir eu comme effet, en bout de ligne, la disparition de plus de 700 000 emplois.
Aux yeux de la Pre East, les conclusions de ses travaux devraient donner de quoi réfléchir aux décideurs politiques.
« Nos données démontrent que le simple fait d’augmenter le financement de ICE a très peu de chances d’améliorer la sécurité publique. »
Pour trouver les autres épisodes, cliquez ici.
Retrouvez-nous Transistor. Nous sommes aussi sur Spotify et Apple Podcasts.
Suivez-nous sur Facebook et sur Instagram





