Personne n’est contre la vertu: transitionner vers l’énergie renouvelable et verte est une étape jugée essentielle pour combattre la crise climatique, mais aussi éviter les écueils des stocks limités des combustibles fossiles. Pourtant, cette transition coûtera très cher. Mais est-ce bien le cas?
Dans le cadre de travaux publiés dans Nature Communications, des chercheurs ont ainsi estimé qu’au lieu d’extraire l’intégralité des minerais et autres matériaux nécessaires pour la construction de nouvelles infrastructures énergétiques – y compris de précieuses terres rares –, il serait possible de recycler une partie des installations servant à l’extraction, la transformation et la distribution du pétrole, du charbon, et du gaz.
Avec, à la clé, des économies de l’ordre de « milliers de milliards » de dollars, affirme-t-on par voie de communiqué.
Pour parvenir à cette conclusion, les spécialistes ont examiné les stocks de 22 matériaux différents contenus dans les mines, les plateformes de forage, les centrales fonctionnant aux combustibles fossiles et les grands pipelines existants.
« Pour comprendre le potentiel de cette « mine urbaine », nous devons d’abord savoir quels matériaux y sont disponibles », a ainsi déclaré Hauke Schlesier, principal auteur de l’étude.
Deux matériaux bruts sont sortis du lot: l’acier et le cuivre. Ces deux métaux sont présents, en grandes quantités, dans les infrastructures dédiées aux combustibles fossiles, affirme-t-on par voie de communiqué. Et ce sont ces mêmes métaux qui seront essentiels à la construction des systèmes et infrastructures d’une économie verte.
« Le cuivre est utilisé dans les câbles et les transformateurs, alors que l’acier sert à construire les éléments structurels », a précisé M. Schlesier.
Ainsi, selon l’étude, recycler ces infrastructures destinées aux combustibles fossiles permettrait d’obtenir tout l’acier nécessaire pour effectuer la transition énergétique, et environ le tiers du cuivre requis.
Autre bonne nouvelle: puisque ce recyclage s’effectuerait graduellement, à mesure que les installations sont mises hors service en raison de l’abandon des combustibles fossiles, les usines de traitement déjà en place suffiraient à la tâche pour récupérer les matériaux nécessaires.

Vous aimez nous lire et nous écouter? Pour continuer de vous offrir nos contenus, nous avons besoin de vous.
Pour seulement 5$ par mois, contribuez au succès de Pieuvre et obtenez l’accès à La Voûte, une série d’épisodes exclusifs du podcast Rembobinage. Abonnez-vous dès aujourd’hui!
Plus économique… et plus vert
Mais est-ce vraiment logique de recycler ces infrastructures consacrées à la production d’une énergie polluante et coûteuse? La réponse est oui, affirment les chercheurs, encore une fois par voie de communiqué. Ceux-ci, calculs mathématiques à l’appui, soutiennent que le processus de recyclage pour ces deux métaux est bien meilleur pour l’environnement que la production de nouveaux matériaux.
« La production d’acier génère des scories (des déchets mineraux, NDLR), des particules fines et une grande quantité de dioxyde de carbone, alors que les mines de cuivre produisent des déchets toxiques », explique M. Schlesier.
Le recyclage, quant à lui, a surtout besoin d’électricité: l’acier est fondu dans des fournaises électriques, alors que le cuivre peut être récupéré via un processus électrochimique.
Et sur le plan économique, assurent les chercheurs, la réutilisation des métaux est grandement avantageuse. D’autant plus, disent les auteurs des travaux, que l’extraction des minerais bruts a de graves impacts sur l’environnement et la santé, ce qui entraîne des coûts économiques et sociétaux, par la suite.
« En recyclant l’acier et le cuivre des infrastructures dédiées aux combustibles fossiles, nous pourrions économiser de 4000 à 11 000 milliards de dollars de ces coûts dits externalisés, le tout d’ici 2050 », souligne ainsi M. Schlesier.
« De plus, jusqu’à deux milliards de l’équivalent de tonnes de CO2 ne seraient pas émis. » Soit 50 ans d’émissions polluantes de la Suisse, le pays d’origine de l’auteur.
Selon l’étude, le principal obstacle au recyclage de ces matériaux est en fait le manque d’incitatifs. « Pour les compagnies pétrolières et gazières appartenant à des gouvernements, réduire les coûts sociétaux pourrait être un incitatif pour transitionner plus rapidement vers l’énergie verte. Cela risque moins de s’appliquer aux compagnies privées », déplore M. Schlesier.
« Ces entreprises ont généralement peu d’intérêts économiques à minimiser les coûts externalisés. »
Favoriser la transition
Une fois recyclés, l’acier et le cuivre pourraient servir à fabriquer des panneaux solaires, des éoliennes, des lignes électriques, ou encore des électrolyseurs destinés à la production d’hydrogène.
En fait, il y a tellement d’acier, dans les infrastructures des combustibles fossiles, que l’on pourrait répondre de deux à cinq fois à la demande de ce métal pour atteindre les objectifs climatiques mondiaux, en termes de production d’énergie solaire. Et l’utilisation, dit-on, de l’acier en remplacement de l’aluminium, pour fabriquer les supports des panneaux solaires, permettrait de réduire du tiers leur bilan carbone.
Même chose pour les éoliennes, disent les chercheurs.
« Le plus important, c’est que les technologies vertes doivent graduellement remplacer les infrastructures vertes, pour que l’acier et le cuivre puissent être réutilisés », conclut M. Schlesier.





