La transition énergétique est-elle en danger? Selon un récent rapport du Forum économique mondial (WEF), si son élan n’est pas complètement coupé, cette transition est malgré tout en voie de « morcèlement », plusieurs pays aux prises avec une instabilité politique, économique et stratégique choisissant de ralentir, voire de suspendre de grands projets de transformation vers des structures plus « vertes ».
Dans le document en question, les auteurs du FEM parlent ainsi d’une « fragmentation croissante du paysage énergétique », alors que celui-ci « s’oriente davantage vers la sécurité, les pays cherchant à rééquilibrer leurs priorités en matière de durabilité, d’accessibilité et de résilience ».
Malgré tout, la situation demeure en bonne partie positive, précise-t-on, avec des investissements de 3300 milliards de dollars US dans le secteur de l’énergie, en 2025. Cette même année, 42% de l’énergie produite sur notre planète provenait de sources renouvelables et de centrales nucléaires.
Enfin, la capacité de production de l’énergie « verte » a augmenté de « près de 800 gigawatts ».
Cela étant dit, lit-on encore dans le rapport, l’éclatement de la guerre entre l’Iran et les États-Unis a rappelé à quel point cette transition verte, qui est en bonne partie alimentée par la bonne marche du commerce mondial, était fragile. C’est aussi sans compter les quelque « 2600 milliards d’échanges commerciaux » touchés par des mesures tarifaires et d’autres méthodes similaires.
Quant aux minéraux critiques, essentiels pour la fabrication des pièces de haute technologie entrant dans la production de panneaux solaires, entre autres exemples, plus de la moitié des exportations ont été touchées par des mécanismes de contrôle, ce qui a fait gonfler les prix.
En combinant tout cela, on constate, affirme le WEF, que « la trajectoire vers la transition énergétique a adopté une tendance négative » en 2026, c’est-à-dire que l’élan des dernières années se serait inversé, du moins en partie.
Une demande qui dépasse l’offre
« La demande (en énergie, NDLR) dépasse ce que les systèmes conçus pour la distribuer peuvent fournir. Ainsi, la demande en électricité aurait bondi de 4,4%, en 2024, et de 3%, en 2025, notamment en lien avec l’électrification, le recours plus fréquent à la climatisation, mais aussi avec la multiplication des centres de données servant à l’IA », qui sont particulièrement énergivores.
En avril, l’Agence internationale de l’énergie indiquait d’ailleurs que la consommation d’électricité des centres de données pourrait plus que doubler d’ici 2030.
« Cette hausse de la demande entre en conflit avec les contraintes du système », indique le rapport du WEF. « On compte plus de 2500 gigawatts de projets en attente, que ce soit des sources d’énergie renouvelable, des sites de stockage, ou encore de nouvelles sources de demande d’énergie, comme des centres de données. »
En fait, « le défi n’est plus de développer la capacité [de production d’énergie], mais son intégration dans des systèmes de plus en plus complexes. Pour surmonter cet obstacle, il faudra grandement améliorer les réseaux électriques, accroître la capacité de stockage et appliquer des mesures de réduction des émissions polluantes ».
D’ailleurs, mentionnent les auteurs du WEF, même si la part des énergies renouvelables continue d’augmenter, au sein du « cocktail énergétique » mondial, « les émissions n’ont pas diminué », avec un total de 38 gigatonnes de CO2, en 2024, pour un total de 60 gigatonnes d’équivalent CO2, un record, si l’on tient compte des autres gaz polluants qui accélèrent la crise climatique.
Des investissements mal répartis
Un autre problème qui grève la transition énergétique est le fait que même si 3300 milliards de dollars US ont été investis dans des projets énergétiques, en 2025, dont 2300 milliards directement dans l’énergie renouvelable, « environ 75% de ces investissements ont été concentrés dans un petit nombre de marchés », mentionne le rapport.
Au moment où les pays en développement et les économies émergentes voient leurs besoins être décuplés, entre autres en raison de l’électrification, ou encore de l’augmentation du niveau de vie de leur population, ce qui entraîne une croissance de la consommation d’énergie, ils doivent encore se rabattre, bien souvent, sur des sources d’énergie polluantes et inefficaces.
« La transition énergétique ne s’inverse pas, mais elle se fragmente », déclare pour sa part, par voie de communiqué, Roberto Bocca, directeur du Centre pour l’énergie et les matériaux du WEF.
« Dans un contexte géoéconomique plus instable, la sécurité, l’accessibilité financière et la résilience sont essentielles pour pérenniser les progrès. Pour combler le fossé entre les ambitions et leur concrétisation, il faudra
des bases plus solides, notamment des systèmes énergétiques plus diversifiés et plus résilients, une accélération du développement des infrastructures et des capitaux capables d’atteindre les marchés qui en ont le plus besoin. »
Enfin, si plusieurs pays du G20 sont considérés comme étant les plus avancés, en matière de transition énergétique, y compris l’Allemagne (9e place), la France (10e), le Royaume-Uni (11e), ou encore les États-Unis (19e), le Canada, lui, fait piètre figure, en n’arrivant qu’au 32e rang de cet indice de transition énergétique conçu par le WEF et l’entreprise Accenture, tout juste derrière l’Italie, et devant la Belgique.
Le rapport indique toutefois que le Canada continue de faire partie des nations où les « structures sécuritaires » sont « diversifiées et solides ».





