Notre désir presque constant de toujours acheter et consommer davantage serait l’un des héritages méconnus de la mobilisation des différentes puissances, lors de la Deuxième Guerre mondiale.
C’est du moins ce qu’avancent des chercheurs, dans une nouvelle étude publiée dans l’International Journal of Sustainable Development. Les travaux en question portent sur huit nations, autant du côté des alliés que des puissances de l’Axe, et révèle que cette période de notre histoire « a guidé nos sociétés sur la voie des économies contemporaines, avec une grande consommation de ressources ».
Les scientifiques ont ainsi examiné les changements sociétaux pendant l’avant-guerre, durant le conflit, après les combats, et durant les années de reconstruction et de boom économique, jusqu’en 1960.
Par voie de communiqué, on précise s’être penché sur les questions de démographie; d’activité économique, de flots d’énergie, de matériaux et de ressources, ainsi que sur les enjeux environnementaux.
Au dire des auteurs, on compte ainsi trois grandes conséquences de la Deuxième Guerre mondiale.
Tout d’abord, une accélération, ce qui signifie que des tendances déjà existantes sont devenues plus intenses. Ensuite, une redirection, dans le cadre de laquelle le développement s’est réorienté vers de nouvelles technologies et l’exploitation de nouvelles ressources.
Enfin, il est question d’une remise à zéro, selon laquelle la destruction ou la transformation politique ont changé la direction empruntée par des nations, par rapport aux voies sur lesquelles elles circulaient avant la guerre.
Les chercheurs parlent donc d’une « transition socio-métabolique » pour décrire les divers changements dans la consommation d’énergie et de ressources physiques, au sein de la société.
En adoptant ce modèle quasi-biologique, disent-ils dans leurs travaux, les scientifiques affirment avoir pu lier la production en temps de guerre et la mobilisation des ressources disponibles aux changements institutionnels et technologiques qui ont perduré bien longtemps après 1945.
« Durant la Deuxième Guerre mondiale, une mobilisation sans précédent des ressources a mené à de grandes transformations de la production », écrivent les auteurs dans leur étude.

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De l’énergie, toujours plus d’énergie
Ces derniers parlent aussi d’une « accélération de la transition des systèmes énergétiques, particulièrement une augmentation de la dépendance envers les combustibles fossiles ».
Les chercheurs mentionnent également l’apparition de l’énergie nucléaire, basée sur le principe de l’explosion atomique, une idée d’abord destinée à être employée à des fins militaires. Par la suite, la transformation de cette puissance à des fins civiles permettra la construction rapide de dizaines de réacteurs, et donc la possibilité d’obtenir de grandes quantités d’énergie sans dépendre du charbon, ou de l’or noir.
Il est aussi question, dans la même foulée, de la centralisation toujours plus poussée des systèmes d’approvisionnement en énergie, que ce soit des oléoducs, ou encore des réseaux électriques.
Cela a, à son tour, influencé le développement des villes, mais aussi l’économie dans son ensemble, en facilitant, là encore, la consommation d’énergie, une tendance démultipliée par la multiplication des voitures, la construction de banlieues, de systèmes d’autoroutes, etc.
Mais cette soif d’énergie, sans compter une extraction maximale des ressources stratégiques, durant le conflit, ont eu un coup: alors que les normes environnementales ont été très largement mises de côté au nom de la victoire sur l’ennemi, au sortir de la guerre, il fut largement impossible de recommencer à protéger la nature.
Désormais, écrivent les chercheurs, la reconstruction, le progrès et le développement économique tenaient le haut du pavé. Et encore aujourd’hui, protéger la planète contre une crise climatique justement provoquée par cette consommation effrenée est encore vu comme un « frein » à l’économie et à la consommation à tout prix.





