Les pêcheries illégales, souvent effectuées à échelle industrielle, continuent de nuire à la durabilité des océans, aux communautés côtières et aux marchés des produits de la mer. Selon une nouvelle étude réalisée par des chercheurs de l’Université de la Colombie-Britannique (UBC), cette situation perdure « malgré des décennies de réglementations et de percées en matière de techniques de surveillance ».
En fait, pour le Dr Philippe Le Billon, professeur au département de géographie et de l’École des politiques publiques et des affaires mondiales, et l’un des auteurs de l’étude, le constat est clair: « Les pêcheries illégales ne sont pas une activité de faible ampleur; c’est plutôt un aspect systémique de l’industrie mondiale des produits de la mer, qui est favorisé par une gouvernance inadéquate, des subventions néfastes, des structures corporatives opaques et des chaînes d’approvisionnement internationales complexes. »
L’étude en question, publiée dans Proceedings of the National Academy of Sciences, se penche sur le fonctionnement de ces pêcheries illégales, les lieux où ces activités illicites sont les plus pratiquées, et pourquoi ce côté sombre de l’industrie existe toujours.
« Les pêcheries illégales demeurent rentables parce que les risques sont faibles et les récompenses sont importantes », souligne le Dr Le Billon.
« Même si les méthodes de détection s’améliorent, les autorités et l’imputabilité sont à la traîne, particulièrement en ce qui concerne les grandes flottes qui opèrent loin des yeux du public. »
Un problème aux impacts inégaux
L’étude révèle ainsi que les pêcheries illégales représentent de 8 à 15% des prises d’espèces sauvages, ce qui représente un montant de 8,6 à 17 milliards de dollars, chaque année, qui sort du système monétaire public.
Mais si on pêche illégalement un peu partout sur la planète, la majorité des activités illicites sont concentrées en Afrique de l’Ouest, en Asie de l’Est et en Asie du Sud-Est, mentionne-t-on par voie de communiqué.
Ce sont, après tout, des régions où la portée des autorités est souvent limitée, et où la pêche est essentielle pour la sécurité alimentaire et l’emploi.
À l’opposé, une grande partie de ce qui est pêché illégalement est expédiée vers les marchés plus riches de l’Amérique du Nord, de l’Europe et de l’Asie de l’Est pour y être vendu (et mangé). Ce qui, écrivent les spécialistes, « souligne l’importance des inégalités à l’échelle mondiale ».
« Les coûts environnementaux et sociaux sont largement défrayés par les États côtiers en développement, alors que les avantages économiques se retrouvent ailleurs », déplore, pour sa part, le Dr Rashid Sumaila, lui aussi professeur à UBC et coauteur de l’étude.

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Une coordination nécessaire
Toujours selon le Dr Sumaila, pour contrer ce phénomène illégal, il faut « des réponses complexes et coordonnées ».
« Ce n’est pas juste une question d’attraper plus de pêcheurs illégaux, il faut réparer les systèmes qui compliquent la pêche légale et facilitent la criminalité, particulièrement pour ceux qui dépendent le plus des océans », a-t-il ajouté.
En plus des mesures visant à renforcer l’efficacité des différentes autorités portuaires, les chercheurs recommandent aussi de protéger davantage les pêcheries à petites échelles et les activités de pêche des populations autochtones.
Il y aurait d’ailleurs des avancées, notamment avec l’adoption par l’Organisation mondiale du commerce, l’an dernier, d’un accord visant à faire disparaître certaines subventions nocives. Un autre accord, plus strict, fait présentement l’objet d’une opposition de la part des États-Unis, de l’Inde et de l’Indonésie.
Un « blanchiment » sophistiqué des poissons
Mais comment les prises illégales se retrouvent-elles dans nos assiettes? Grâce à des méthodes sophistiquées comprenant des transferts de cargaisons en pleine mer, des documents frauduleux, une mauvaise identification des espèces, ainsi que des mélanges de cargaisons légales et illégales, entre autres, indique-t-on dans l’étude.
À cela, il faut aussi ajouter les flottes « fantômes » pêchant loin au large, et qui s’appuient sur des réseaux complexes pour dissimuler l’identité des propriétaires et ainsi éviter des amendes.
Et les effets négatifs des pêcheries illégales vont bien au-delà de l’épuisement des stocks de poissons. On note ainsi des « pertes économiques importantes pour les gouvernements et les communautés côtières », sans compter « une augmentation de l’insécurité alimentaire, et une multiplication des cas d’abus à bord des navires de pêche », souligne le Dr Le Billon.





