L’invasion à grande échelle de l’Ukraine par la Russie, en 2022, a provoqué non seulement un choc géopolitique, mais aussi eu l’effet d’une bombe sur les chaînes d’approvisionnement alimentaires, avec des conséquences un peu partout sur la planète, y compris au Kenya.
C’est là l’avis du Dr Matthew Shupler, de l’Université de Liverpool, spécialisé en santé publique, et qui s’est intéressé à l’effet de ce conflit entre l’ancien maître soviétique et l’une de ses ex-républiques sur la capacité des Kenyans à se nourrir et à cuisiner leurs aliments.
De fait, dit-il, dans la foulée de l’invasion, les prix du blé, du maïs, mais aussi de l’huile de tournesol et des engrais, produits en grandes quantités par l’Ukraine et la Russie, se sont envolés, faisant croître d’autant le prix des aliments.
Au Kenya, qui importe 92% de son blé, les effets ont été particulièrement douloureux, affirme-t-on par voie de communiqué.
En compagnie d’une équipe provenant d’un quartier de Nairobi, la capitale, le Dr Shupler indique avoir voulu comprendre comment la guerre avait touché les familles se servant de gaz de pétrole liquéfié (GPL) pour faire la cuisine.
Ce combustible fossile, provenant du raffinage du pétrole et du traitement du gaz naturel, est largement utilisé comme carburant pour des véhicules. mais dans des pays plus pauvres, comme en Afrique, il sert aussi de combustible pour alimenter une cuisinière.
Au Kenya, environ le tiers des habitants utilisent ce carburant de cette manière; les autres ménages s’appuient encore très largement sur le bois.
À l’instar du blé, le Kenya dépend des importations pour assurer son approvisionnement en GPL. Sans surprise, les changements majeurs après l’invasion russe, sur le marché de l’énergie, ont propulsé les prix à la hausse.
Par ailleurs, la hausse du prix des aliments a pratiquement doublé au Kenya, en 2022, passant de 8,9% à 15,4%, explique le Dr Shupler.
« Cette forte hausse a été précipitée par une augmentation mondiale des prix de la nourriture et du transport, en plus de l’impact d’une sécheresse qui aura duré plusieurs années, ce qui a réduit les récoltes dans toute la région », dit-il.

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Des choix difficiles
Confrontés à ces augmentations parfois vertigineuses, et alors que le salaire moyen, au Kenya, avoisine les 600$ CAN par mois, dans le meilleur des cas – contre environ 5400$ au Canada –, les familles kenyanes ont été forcées de modifier leur panier d’épicerie pour pouvoir joindre les deux bouts, indique l’étude du Dr Shupler.
Ainsi, les trois quarts des familles examinées ont changé leurs menus, et la moitié ont consommé moins de viande et de poisson, en 2022, pour se tourner davantage vers l’ugali, un gruau au maïs typique du Kenya, vers les légumes, et vers le fast food.
Pire encore, la moitié des familles consultées ont sauté davantage de repas.
Enfin, le tiers des participants ont dit avoir consommé moins de gaz pour cuire leurs aliments.
De fait, en 2022, les familles faisant partie de l’étude n’avaient utilisé de gaz que pendant 8 jours durant un mois donné, en comparaison avec 19 journées par mois, en 2021. Et leur temps passé à cuire des aliments a aussi chuté, passant de 12,8 à 8,3 heures par mois.
Une situation qui va perdurer
Si les marchés des aliments et des combustibles fossiles se sont en bonne partie stabilisés depuis 2022, l’éclatement de la guerre entre Israël, les États-Unis et l’Iran, plus tôt cette année, conflit qui a entraîné le blocage du détroit d’Ormuz et une nouvelle poussée inflationniste, aura probablement un impact similaire sur les Kenyans, mais aussi ailleurs sur la planète.
« En Afrique de l’Est, les impacts sont largement similaires à ce qu’ils étaient, en 2022 », indique ainsi le Dr Shupler, toujours par voie de communiqué.
« Puisque les crises économiques vont se poursuivre, et à mesure que la crise climatique empire, des politiques nationales et mondiales peuvent aider à protéger contre les risques d’insécurité alimentaire. Cela va toutefois nécessité des filets sociaux pour les familles, y compris des paiements de la part des gouvernements. »
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