Il suffirait de taxer davantage à peine 1000 ménages britanniques pour récolter environ 10 milliards de livres sterling (19 milliards $ CAN), cette année. Voilà du moins l’avis de chercheurs du King ‘s College de Londres, de l’École d’économie de Paris et de l’Université de Californie à Berkeley.
Leurs travaux, récemment complétés, s’articulent autour d’une surtaxe d’à peine 2% sur les ménages dont la fortune dépasse les 200 millions de dollars; dans l’ensemble du Royaume-Uni, cela équivaudrait, dit-on, à moins de 1000 familles.
Selon les deux principaux auteurs de l’étude, le Dr Ben Tippet et le professeur Gabriel Zuckman, la fortune des 300 ménages britanniques les plus aisés n’a eu de cesse d’augmenter, ces dernières années. Le tout avec un taux d’imposition généralement bien moindre que celui du travailleur moyen.
En fait, selon les deux spécialistes, entre 1989 et aujourd’hui, la part du PIB britannique représentant la fortune de ces 300 familles excessivement riches est passée de 5 à environ 16%.
Alors que le précédent gouvernement a sabré dans les allocations destinées au chauffage des maisons, l’hiver, « les sommes pouvant être recueillies [avec ce nouvel impôt], soit environ 20 milliards de dollars, représenteraient 10 fois les économies possiblement réalisées en coupant ces subventions », explique-ton par voie de communiqué.
Mieux encore, cette entrée d’argent de 20 milliards « réduirait de près du tiers l’actuel déficit budgétaire » du gouvernement britannique.
L’idée d’imposer davantage les très grandes fortunes ne date pas d’hier, et il ne s’agit pas, non plus, d’un concept seulement envisagé pour le Royaume-Uni.
Ainsi, en 2021, déjà, le Directeur parlementaire du budget du Canada proposait d’augmenter de 3% les impôts des ménages possédant un patrimoine de plus de 10 millions de dollars, avec une hausse de 5% pour les fortunes de plus de 20 millions.
Si la mesure avait été adoptée, plaidait-on, à l’époque, cela aurait pu permettre à Ottawa de verser jusqu’à 61 milliards de dollars dans ses coffres, sur une période de cinq ans.
Plus récemment, un rapport intitulé The New Robber Barons, publié en février de cette année, dénonçait le fait que la fortune du 1%, soit les Canadiens les plus riches, avait gonflé de 3000 milliards de dollars depuis un quart de siècle.

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Éviter la fuite des capitaux
De retour sur le territoire britannique, les deux auteurs de l’étude proposent également une mesure pour éviter que les personnes les mieux nanties ne décident simplement de quitter le pays, en déplaçant aussi leurs avoirs à l’étranger.
Ainsi, les ménages valant plus de 200 millions de dollars devraient continuer de verser cet impôt annuel pendant une décennie après avoir quitté le territoire. Les deux chercheurs disent s’appuyer, pour cette idée, sur le principe similaire, récemment adopté, à propos de l’impôt sur les héritages.
De l’avis des deux auteurs, également, cet impôt « vient combler un manque que même une réforme de l’impôt sur les gains en capitaux et de l’impôt sur les héritages ne peuvent régler, puisque la richesse des très bien nantis est détenue sous forme de biens qui peuvent être accumulés pendant des décennies et à l’aide desquels il est possible d’emprunter, le tout sans déclencher le paiement de l’impôt ».
Toujours au dire du Dr Tippet et du Pr Zuckman, les revenus de ce nouvel impôt ne feraient qu’augmenter avec le temps, pour atteindre un montant annuel de près de 36 milliards de dollars d’ici 2036.
Selon le Dr Tippet, d’ailleurs, « puisque cet impôt est si spécifiquement ciblé, les critiques habituelles à propos des taxes sur la richesse, c’est-à-dire la complexité administrative, l’évaluation des biens, les contraintes en matières de liquidités, et les impacts sur les entrepreneurs, ne tiennent pas la route ».
« Les impôts sur les grandes fortunes ont trop souvent été rejetés comme étant attirants, sur le plan politique, mais impossibles à mettre en place. Cette étude démontre qu’une taxe minimale bien conçue, qui cible les ménages les plus riches, est une réforme réaliste et ciblée qui augmenterait l’équité du système fiscal, tout en permettant de recueillir des revenus substantiels », a-t-il ajouté.





