Des millions de gens vivant des îles tropicales pourraient subir des chaleurs humides de plus en plus dangereuses, en raison de la crise climatique. Comme le rappellent les auteurs de ces nouveaux travaux de recherche, si l’on discute souvent de la hausse des températures, l’humidité joue un rôle essentiel pour déterminer combien de chaleur le corps humain peut tolérer.
Dans cette étude publiée dans Geophysical Research Letters, et réalisée par le chercheur Lilian Bald et ses collègues du Centre national de recherches météorologiques, en France, on rappelle ainsi que, lorsque l’air est saturé en humidité, la sueur s’évapore moins efficacement, ce qui complexifie le fait de se rafraîchir.
Et donc, pour les îles situées le plus près de l’équateur, ce stress imputable à la chaleur humide sera particulièrement important. En vertu d’un scénario où les émissions polluantes de l’humanité demeurent élevées, les grandes chaleurs qui ne survenaient qu’une fois tous les 10 ans pourraient se produire chaque année d’ici la fin du siècle.
Quant aux vagues de chaleur humide dangereuses, elles, on pourrait en compter jusqu’à 300 par an, sur ces îles.
D’ailleurs, souligne-t-on par voie de communiqué, il est passablement difficile d’évaluer l’impact de la crise climatique sur ces îles, même si elles sont bien souvent déjà certains des endroits les plus chauds de la planète.
Pour parvenir à leurs conclusions, M. Bald et ses collègues ont combiné des données provenant de pas moins de 15 modèles climatiques, en y ajoutant les informations recueillies dans des stations météo de 17 îles tropicales situées dans l’Atlantique, dans l’océan Indien et dans le Pacifique.
Les spécialistes ont ensuite calculé les changenents dans l’incide de chaleur, une mesure conçue par la National Oceanic and Atmospheric Administration (NOAA), aux États-Unis, qui combine la température et l’humidité pour estimer à quel point les conditions météo sont ressenties par les humains – l’équivalent de la température ressentie, une mesure utilisée au Canada.

Vous aimez nous lire et nous écouter? Pour continuer de vous offrir nos contenus, nous avons besoin de vous.
Pour seulement 5$ par mois, contribuez au succès de Pieuvre et obtenez l’accès à La Voûte, une série d’épisodes exclusifs du podcast Rembobinage. Abonnez-vous dès aujourd’hui!
Une chaleur humide dangereuse… voire mortelle
Comme l’indiquent les résultats obtenus, toutes les îles évaluées devraient subir davantage d’épisodes de chaleur humide dangereuse, mais la chose sera particulièrement vraie pour celles situées plus près de l’équateur.
Ainsi, entre 2076 et 2100, la température ressentie pourrait aller de 46 à 63 degrés Celsius, si nous ne réduisons pas nos émissions polluantes.
Pour la NOAA, toute température dépassant les 40 degrés est considérée comme « dangereuse », et être exposé à une telle chaleur pendant une longue période peut entraîner des problèmes de santé. Des chaleurs encore plus importantes, elles, peuvent aller jusqu’à tuer.
L’équipe de recherche a aussi constaté que les vagues de chaleur humide sont appelées à se multiplier. Cela fait craindre le pire, puisque si ces conditions difficiles persistent, jour après jour, alors le corps humain a de la difficulté à s’en remettre.
Si nous ne réduisons pas notre pollution, les îles tropicales seront frappées par ces vagues de chaleur humide à raison de 160 à 320 jours par an, lit-on dans l’étude.
Pour les gens vivant sur ces îles, outre les risques graves pour la santé, il y a aussi la question des pressions climatiques qui s’accumulent, avec la hausse du niveau des océans, des manques d’eau potable et des événements météo extrêmes.
Aux yeux de l’équipe de recherche, « certaines îles pourraient subir des conditions en vertu desquelles il sera de plus en plus difficile de travailler, de se déplacer et de passer du temps à l’extérieur de façon sécuritaire, sans mesures d’adaptation ».
Et même si l’humanité s’attaquait efficacement à la crise climatique et réduisait sa pollution, ces îles subiraient malgré tout de la chaleur humide, indique-t-on par voie de communiqué, « mais les changements seraient bien moins importants qu’en vertu d’un scénario où les émissions polluantes demeurent élevées ».
En plus de la réduction de pollution – une mesure qui nécessite des actions à l’échelle planétaire –, les chercheurs suggèrent également d’améliorer l’accès à la climatisation, sur ces îles, ainsi que de favoriser la construction de bâtiments qui résistent mieux à la chaleur.





