Difficile de bien décrire le bonheur, la satisfaction, mais aussi la pointe d’ironie d’entendre les frères Gallagher du groupe Oasis entonner les paroles « It’s Good to be Back, It’s Good to be Back » dans la puissance des enceintes d’une salle IMAX lors de leur improbable tournée de 2025, 16 ans après leur séparation très médiatisée. Dommage que le documentaire Don’t Look Back in Anger n’arrive malheureusement pas à en offrir plus, au final, que ce qu’on sait déjà.
Rapidement, on résume très brièvement l’historique du groupe Oasis, l’un des plus populaires en provenance de l’Angleterre – un pays à qui l’ont doit tout autant The Beatles, Led Zepplin et The Rolling Stones –, mais aussi, probablement, du monde entier.
À moins d’avoir vécu sous une roche, difficile de ne pas connaître les différends et les tempéraments orageux des deux frères Gallagher, dont un conflit qui a vraisemblablement mené aux poings, avant un concert en France en 2009, et qui a mené à leur séparation.
Selon la légende, ils ne se seraient pas parlé pendant près de 15 ans, jusqu’à l’annonce complètement inattendue de leur réunion pour une tournée ne s’arrêtant que dans un nombre sélect de pays.
Voilà, la table est mise et le documentaire se concentrera essentiellement sur ce retour, mais aussi sur l’impact du groupe malgré son absence, ainsi que sur des chansons et des albums qui ont déjà près de trois décennies d’existence.

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Ceux qui pensaient finalement mettre le doigt sur plus d’informations et de secrets derrière ce groupe mythique seront certainement déçus. Bien que le documentaire soit une magnifique porte d’entrée vers de rares déclarations des deux frères en entrevue et d’un assemblage astucieux d’archives mêlant le présent et le passé, on se rapproche régulièrement davantage du reportage plutôt que du documentaire, en demeurant en surface de faits qui sont déjà légion et connus.
Le naturel et la franchise de Noel et Liam sont des plus attachants et on aurait aimé que le film nous en offre plus à ce niveau, qu’on arrive véritablement à se glisser sous la carapace de leur mythe.
Peut-être que ce n’était malheureusement pas possible, ce qui explique qu’on a plutôt été cherché différents représentants des fans diversifiés du groupe et de sa musique pour nous en démontrer la portée.
Certes, bien qu’on passe rapidement sur ces sujets, on apprécie malgré tout de voir la résonnance que le groupe parvient à avoir même dans des pays comme le Brésil ou le Japon. Dans chacun d’entre eux, on y joint une chanson populaire du groupe en donnant un nouveau sens aux paroles.
Une tentative de structure qui aurait gagnée à être travaillée davantage, comme le film finit par être plutôt répétitif et faible en moments marquants ou en enjeux.

À mi-chemin entre le coup de pub marketing voulant rappeler que désormais tout va bien, qu’ils n’ont jamais été aussi proches et que tout est réglé, et un rappel qu’ils sont toujours les mêmes, mais en mieux. Il faut voir comment on construit les premières répétitions en montrant Liam comme une figure violemment imprévisible.
Dommage, car la matière ne devait certainement pas manquer pour faire de ce projet quelque chose de touffu et et passionnant, rappelant au contraire le très décevant Becoming Led Zeppelin, plutôt que le fascinant Man on the Run sur une période précise de la carrière de Paul McCartney.
C’est peut-être aussi parce qu’en comparaison, Morgan Neville est un véritable documentariste dont le talent n’est plus à prouver, à l’inverse de Steven Knight qui a créé et écrit l’oeuvre qui nous intéresse.
Ce dernier est en effet un scénariste plutôt habitué aux fictions. Bien qu’on lui doit le mésestimé Maria sur Maria Callas, dont Pablo Larraín s’est approprié le scénario après avoir collaboré pour Spencer sur la princesse Diana, on le sent beaucoup plus brouillon en mode documentaire et face aux limites qu’on s’imagine bien certainement quant à l’image que le groupe voulait exhiber. Les deux frères rappellent après tout régulièrement qu’il est rare qu’on arrive à modifier le narratif, ce qu’ils considèrent être le cas ici.
N’empêche que c’est encore plus bizarre quand on se lance dans des territoires plus religieux, utilisant carrément le discours d’un prêtre pour comparer les fans se ruant vers un concert à un pèlerinage et rappelant l’importance du pardon. Difficile de ne pas froncer les sourcils quand on nous lance avec sérieux que le monde a continué à aller encore plus mal une fois que le groupe s’est séparé et que leur réunion est comme un pansement aux maux du monde.
Ambassadeurs de la paix, les Gallagher? Restons sceptiques, quand même.

Cela dit, il n’en demeure pas moins que lorsque leurs chansons surgissent, elles prennent toute la place et les paroles nous reviennent presque toutes immédiatement en tête, nous rappelant pourquoi on les a autant aimé et pourquoi c’est toujours aussi bon. Comment résister à un Wonderwall, un Live Together et un Champagne Supernova après tout?
Le témoignage se faisant tout seul, le pourquoi et le comment le groupe parvient autant à rejoindre les jeunes et les moins jeunes et que les arènes étaient majoritairement remplies d’un public dont la majorité était à peine né quand le groupe a sorti ses premiers disques s’illustre de lui-même.
Plus un cadeau aux fans, dont les gros plans sur ces derniers en pleurs ou en euphorie sont en quantité industrielle, et un document d’archives sur un événement historique notable qu’un véritable documentaire, on peut résumer le projet par la singularité de terminer le tout via une chanson n’appartenant pas au groupe auquel on s’intéresse. Un peu comme si on n’avait pas trouvé comment conclure le tout via leurs propres mots. Pourtant, c’est lorsque leurs dires ou leurs paroles surviennent que Don’t Look Back in Anger, au titre judicieusement choisi, tire ses meilleurs moments.
4/10
Le documentaire Don’t Look Back in Anger prend l’affiche en salle ce vendredi 11 septembre.





