Dans Histoires parallèles, sa plus récente création, le cinéaste iranien Asghar Farhadi s’offre un cadre parisien et une distribution haut de gamme pour tisser un livrer un film complexe et profond.
Une écrivaine en fin de carrière bâtit son nouveau roman à partir de la vie de sa voisine d’en face, qu’elle épie, et en trouvant des liens troublants avec sa propre histoire. Un jeune homme dans la rue, Adam, vient travailler pour elle, l’aidant à vider son appartement. Lui aussi se trouve mêlé à l’histoire fictive et celle réelle de la voisine.
Dès le générique, on accroche deux mentions significatives. Le film est ouvertement inspiré du 6e opus du Décalogue de Krzysztof Kieślowski et la musique est signée Zbigniew Preisner, compositeur attitré de Kieślowski. Les références au style du cinéaste polonais – qui nous a également donné La double vie de Véronique et la trilogie Bleu, Blanc, Rouge – sont partout et largement appuyées dans la première moitié du film.

Vous aimez nous lire et nous écouter? Pour continuer de vous offrir nos contenus, nous avons besoin de vous.
Pour seulement 5$ par mois, contribuez au succès de Pieuvre et obtenez l’accès à La Voûte, une série d’épisodes exclusifs du podcast Rembobinage. Abonnez-vous dès aujourd’hui!
À commencer par ce scénario d’histoires parallèles, d’étranges coïncidences, d’inconnus qui se rencontrent en ignorant le lien qui existe entre eux, mais que nous, spectateurs, connaissons, de ressemblances troublantes, aussi, entre deux personnes qui ne se connaissent pas. Sylvie, l’écrivaine jouée par Isabelle Huppert, s’intéresse à sa voisine, incarnée par Virginie Efira, qui habite l’appartement que Sylvie habitait enfant, et ressemblerait à sa mère. Vous suivez? Ça se peut que non et c’est normal.
Farhadi, tout comme Kieslowski, entremêle la mise en images du roman écrit par Sylvie et la vraie vie de la voisine, avec les mêmes acteurs, à peine altérés, dans un jeu de miroirs et d’éléments de récits qui se répondent, volontairement emberlificoté. Son hommage s’étend également au style de Kieslowski; personnages vus à travers une fenêtre ou le reflet d’une vitrine, jeu avec la lumière, activité humaine observée de loin, très gros plans sur quelques objets significatifs.
De grands noms
Bref, pendant la première moitié du film, on pourrait vraiment se penser dans un de ses films. Puis, lentement, Farhadi oublie son travail de calque et reprend son style, celui qui fait la force d’Une séparation et de Un héros, avec des dialogues qui fouillent à fond les rapports entre les personnages, mettent en lumière les conflits et crèvent les abcès.
En plus de Huppert et Efira, c’est toute la crème du cinéma français qui est à l’écran. India Hair, Vincent Cassel, Pierre Niney et même une courte apparition de Catherine Deneuve. On peut comprendre qu’ils aient tous dit oui pour se retrouver devant la caméra du cinéaste iranien, multi-primé et chouchou du Festival de Cannes. Inutile de dire que ces gros calibres jouent à merveille. Toutefois, ça nuit à notre capacité à croire aux personnages, c’est comme trop de stars à la fois.
Le film a été reçu tièdement à Cannes cette année et il est en effet un peu bancal. Toutefois, au-delà de la première heure, l’histoire se resserre, les personnages exposent leurs failles et là, on est happés et perturbés. Ça reste dans un style plus dramatique que réaliste, mais avec une profondeur psychologique qui rejoint chacun intimement.
Le personne joué par Isabelle Huppert est particulièrement touchant en femme de tête, voire entêtée, qui, en vieillissant, perd lentement à son insu la maîtrise sur sa vie, dans son appartement encombré qui passe du repaire d’intellectuelle à la limite de l’insalubrité. Efira joue également un personnage attachant, ballotée par les sollicitations et les contraintes, mais cherchant à conserver son libre arbitre, écrasée par un travail qu’elle adore pourtant.
À voir assurément, doublé de l’envie de revoir (ou découvrir) l’oeuvre de Kieslowski dans la foulée!





