Une maison. Un repas de famille. Un anniversaire. Mais en coulisses, derrière des portes closes, au-delà d’un sourire qui se fige pendant une seconde de trop, le drame ordinaire. Voilà ce que veut nous raconter 24 poses (portraits), qui remonte sur les planches, plus d’un quart de siècle après sa création.
Avec un texte de Serge Boucher et une mise en scène d’Edith Patenaude, voici la famille Dubé rassemblée pour les 40 ans de Richard, l’un des trois enfants. Au-delà de la célébration, toutefois, cette journée de fête est aussi un très long portrait des différents acteurs de ce petit groupe d’humains tous un peu varlopés par la vie, du moins chacun à sa façon.
Et si le titre de la pièce fait référence à ce beau-frère largement insupportable qui s’amusera à immortaliser l’événement avec son appareil jetable, on peut aussi imaginer, sans trop de difficultés, que l’ensemble du repas est aussi l’occasion de faire le point; d’exposer, si l’on peut dire, l’existence de tout un chacun. Avec un bon gros flash trop brillant, histoire que tous les défauts, toutes les aspérités soient bien visibles. Que chacun ait un peu le regard de ce cerf ébloui par les phares d’une voiture. Comme s’il était impossible d’échapper au destin qui fonce à toute vitesse vers nous.

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Dans cette pièce, donc, il y a, oui, une volonté de montrer une famille québécoise typique, une famille pas trop riche, mais pas excessivement pauvre, non plus; bref, ce que d’aucuns pourraient qualifier de « vrai » monde. Avec des dialogues de « vrai » monde: on parle de tout et de rien, on lance des blagues qui étaient déjà déplacées à la fin des années 1990, on comble les malaises et les silences et évoquant la météo…
On passe d’ailleurs probablement trop de temps à installer l’ambiance, si l’on veut, au détriment de la progression de l’intrigue. Car on se doute bien que même si la façade de vie relativement heureuse est déjà fragilisée au moment où le rideau se lève, personne ne vient au théâtre pour une histoire tranquille qui se termine bien. Forcément, se dit-on, tout cela va éclater.
Mais cet éclatement, ce morcellement ne se produit qu’à retardement, et bien souvent à l’extérieur de la scène, ou encore dans des saynètes merveilleusement bien mises en scène sous la forme d’autant de vignettes – ou d’instantanés, tiens donc – qui apparaîtront dans le mur du fond de la scène.
C’est trop lent, donc. Et trop long. Et lorsqu’il se produit véritablement quelque chose de dramatique, on reste malheureusement sur notre faim.
Cela ne veut pas dire que tout est à jeter, avec ces 24 poses (portraits): comme toujours Guylaine Tremblay est fantastique, et est particulièrement bien entourée de Martin Drainville, qui joue son conjoint vieillissant et bourru. En fait, toute la distribution est solide. Dommage, cependant, qu’on se perde un peu trop en palabres peu ou pas dignes d’intérêt.
24 poses (portraits), de Serge Boucher, dans une mise en scène d’Édith Patenaude
Avec Émilie Bibeau, Marc Beaupré, Frédéric Blanchette, Martin Drainville, Gabriel Favreau, Myriam Fournier, Benoit Mauffette et Guylaine Tremblay
Chez Duceppe, jusqu’au 3 octobre





