Il n’y a pas qu’au Canada que la crise du logement bat son plein: selon une étude réalisée par des chercheurs de l’institution TU Wien, en Autriche, l’Europe souffre elle aussi d’un grave problème d’accessibilité, lorsque vient le temps de se loger.
La situation est telle, en fait, que la moitié des Européens ne peuvent se permettre d’acheter que l’équivalent d’un appartement à une seule chambre, ou encore un studio.
Chez les locataires, le portrait n’est pas vraiment plus rose: 39% des habitants du Vieux Continent ne peuvent même pas louer un logement de cette taille.
Selon les auteurs de ces travaux publiés dans le Journal of Maps, la crise est pire dans les zones plus densément peuplées du continent, et particulièrement dans les municipalités et les grandes villes.
En s’appuyant sur des données immobilières et financières provenant de plus de 30 pays européens, les chercheurs ont été en mesure de créer une carte des « zones chaudes » de l’accès au logement, sur le continent, c’est-à-dire l’endroit où les propriétés sont hors de prix pour le travailleur moyen.
Ainsi, des zones autour de Paris, Berlin et Madrid font partie des régions les plus affectées par cette crise de l’abordabilité.
En fait, les résultats de l’étude révèlent qu’environ deux Européens sur cinq (44%) vivant en ville se trouvent dans un endroit où le salaire moyen ne permet que de vivre dans un l0gement de moins de 50 mètres carrés – ou environ 540 pieds carrés –, soit l’équivalent d’un appartement d’une chambre ou d’un studio.
Et si l’on préfère acheter, plutôt que louer, 70% de la population du Vieux Continent résiderait dans des régions où le salaire moyen, encore une fois, ne peut se permettre qu’un maximum de 75 mètres carrés, ou encore 800 pieds carrés, environ. Le tout avec une hypothèque sur 30 ans, expliquent les auteurs par voie de communiqué.
À l’instar de ce qui se passe au Canada et ailleurs en Amérique du Nord, aussi, plusieurs Européens n’arrivent pas à se loger convenablement, puisque plusieurs résidences et logements sont réservés pour les locations à court terme, notamment via la plateforme Airbnb.
« Notre étude pointe vers la création d’une crise majeure du logement », souligne la principale autrice des travaux, la professeure Franziska Sielker.
« Cette crise affecte déjà, de façon disproportionnée, les nouveaux arrivants sur le marché, ainsi que les gens qui doivent souvent changer de lieu de résidence pour des raisons personnelles ou professionnelles. C’est le cas dans les capitales, les grandes villes, les zones côtières et sur les sites alpins prisés des touristes. Le tout se combine à un grand manque de logements à louer à la campagne », ajoute-t-elle.
Toujours selon les chiffres mis de l’avant par l’étude, cela fait plus d’une décennie que le prix des maisons et des appartements augmente plus rapidement que les salaires.
22 millions d’annonces évaluées
Pour parvenir à leurs conclusions, les chercheurs ont examiné pas moins de 22 millions de propriétés à vendre ou à louer dans 30 pays. L’espace que les gens peuvent se permettre a été calculé en fonction des salaires moyens de chaque région.
Résultat? Pratiquement tous les pays européens sont aux prises avec une crise d’abordabilité; et si l’ampleur de cette crise varie, pour les nouveaux arrivants sur le marché immobilier et ceux et celles désirant louer un logement, ce rêve est généralement hors de portée.
Selon les données, c’est au Portugal, en Pologne et aux Pays-Bas que se loger est le plus difficile.
Et puisque ce sont les grands centres qui souffrent le plus de cette crise, malgré les salaires plus élevés que l’on y trouve – et puisque cette crise est en train de s’étendre et d’affecter aussi les banlieues et les régions rurales, les auteurs des travaux réclament l’adoption d’urgence de politiques pour le logement dans les villes.
« La majorité de la population ne saisit pas l’ampleur du problème. Et il faut savoir que cette crise a deux côtés: le prix pour se loger, mais aussi le salaire gagné. Pour combler le fossé entre les prix de l’immobilier et les revenus, il faut tenir compte de ces deux facettes de la médaille », plaide le Dr Selim Banabak, coauteur de l’étude.





