Ce n’est pas que dans les vastes plaines ukrainiennes, ou encore dans les ruines des villes bombardées, que Kyiv et Moscou s’affrontent: selon un spécialiste, les deux camps combattraient aussi sur le web, dans le cadre de ce qui est appelée « la première guerre TikTok ».
Le spécialiste en question, Marcello Fantoni, a ainsi mené plusieurs entrevues avec des membres anciens et actuels des forces armées ukrainiennes pour analyser le rôle joué par les médias sociaux dans ce conflit en cours depuis maintenant plus de quatre ans.
Au dire de ce chercheur, ces réseaux numériques aideraient à créer une « boucle de rétroaction » dans le cadre de laquelle les opérations militaires financées par des dons mènent à la nécessité d’offrir encore plus de soutien financier.
De l’avis de M. Fantoni, plusieurs raisons expliquent la prolifération, sur les médias sociaux, des contenus produits sur la ligne de front. L’une d’entre elles est l’accès très vaste, en Ukraine, à des appareils permettant d’enregistrer des images vidéo, tels que des drones et des téléphones intelligents.
Une autre raison est le fait que ces contenus publiés en ligne permettent d’alimenter l’appui du reste de la planète envers la cause ukrainienne.
« Sur le plan militaire », écrit ainsi M. Fantoni par voie de communiqué, « ne pas produire de contenu offre à l’ennemi un champ de bataille mondial sans opposition, avec la capacité d’en faire ce qu’il souhaite pour l’exploiter, ce qui lui donne l’opportunité de développer des avantages sur le plan de l’information, mais aussi sur le plan culturel ».
La principale raison derrière la production de contenu demeurerait toutefois la cueillette de fonds.

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Alors que le gouvernement ukrainien tente d’utiliser au mieux des ressources fragilisées par quatre années de guerre, les contenus pro-Kyiv publiés sur le web par l’armée visent à recueillir de l’argent pour acheter de nouveaux articles, comme du carburant, des pièces détachées, voire des véhicules complets.
Plusieurs de ces dons, écrit-on, proviennent ainsi de civils, mais une grande proportion des sous recueillis ont été donnés par des soldats. D’ailleurs, les vidéos montrant des combats seraient le type de contenus ayant le plus de chances d’aider à favoriser les dons.
Toujours selon l’étude, les médias sociaux serviraient aussi de vitrine pour le recrutement, les unités ayant une bonne présence en ligne réussissant à convaincre le plus grand nombre d’individus de s’enrôler.
Cela peut, là encore, mener à une boucle de rétroaction, mentionne M. Fantoni, alors que « mener de telles opérations de combat peut évidemment faire des morts et des blessés, et ces soldats doivent donc être remplacés pour assurer l’efficacité des forces. Et donc, le cycle recommence ».
Ultimement, indique le chercheur, ces campagnes menées sur les réseaux sociaux par les forces armées ukrainiennes « représentent une utilisation désespérée et utile des quelques outils dont ils disposent, dans un contexte de manque important ».
« La ligne de front n’absorbe jamais assez d’hommes ou d’équipement », rappelle l’auteur de l’étude. « En fait, c’est l’inverse; le rouleau compresseur de la guerre est toujours plus lourd, alors que ceux qui survivent doivent se battre pour rester en vie, alors que les ressources vont constamment en diminuant. »
Photo: https://DepositPhotos.com





