Un mauvais état de santé est lié à une plus forte propension à voter pour le parti populiste de droite Reform, au Royaume-Uni, révèle une analyse des tendances électorales du plus récent scrutin national, dans ce pays européen.
Les résultats ont été publiés dans BMJ Open Respiratory Research.
De l’avis des auteurs des travaux, les conclusions devraient pousser les décideurs, tous partis politiques confondus, à améliorer le système de santé publique et s’attaquer aux inégalités en la matière.
Lors des dernières élections générales, Reform UK a reçu 14% des voix et remporté cinq sièges. Et en mai de cette année, rappelle-t-on par voie de communiqué, la formation a réalisé une bonne performance lors des élections pour pourvoir les conseils municipaux.
Pour les chercheurs, l’état de santé des électeurs et leur satisfaction envers le système de santé pourraient expliquer, en partie, la montée des mouvements populistes et de droite, voire d’extrême droite, en Europe et ailleurs dans le monde, au cours des dernières années.
Afin d’en avoir le coeur net, les scientifiques ont analysé des données parlementaires découlant des élections générales de 2024, y compris la taille de l’électorat, le nombre de votes valides, ainsi que les voix obtenues par les différents partis, dans toutes les circonscriptions britanniques.
Ils ont ensuite appliqué deux mesures de la force des appuis envers Reform UK: les comtés anglais qui ont élu un député réformiste, comparativement à ceux qui ont porté au pouvoir un candidat des travaillistes, des conservateurs, des libéraux-démocrates ou des verts, ainsi que la proportion des votes obtenus par Reform UK dans l’ensemble des circonscriptions.
Les chercheurs ont aussi examiné 20 problèmes de santé assez répandus, dont l’asthme, le cancer, les maladies rénales chroniques, les maladies cardiaques, la démence, la dépression, le diabète de type 2, la haute pression, l’obésité, l’ostéoporose, l’arthrite, la schizophrénie, etc.
Pauvreté, obésité, dépression…
L’analyse des données a révélé que, dans les cinq circonscriptions remportées par Reform UK (sur 543), trois (60%) d’entre elles se trouvaient dans les 20% les plus pauvres du pays, comparativement à seulement 30% pour les comtés passés aux mains des travaillistes.
C’est également chez les partisans du Reform que l’on trouve la plus importante proportion d’aînés, avec 24%.
Les cinq circonscriptions réformistes étaient par ailleurs celles où l’on trouvait les plus fortes proportions de personnes cancéreuses, bipolaires, schizophrènes, ou encore souffrant d’ostéoporose.
C’est aussi dans ces comtés que l’on trouvait le plus de gens souffrant de maladies cardiaques (4% des électeurs), ou encore de dépression (14% des électeurs).
Toujours selon les auteurs de l’étude, c’est ainsi dans les circonscriptions où l’on retrouve le plus de gens souffrant des problèmes de santé examinés par l’équipe de chercheurs que Reform UK a engrangé le plus de votes.
L’obésité, notamment, conférait 10% d’augmentation des voix pour ce parti de droite pour chaque augmentation de 1,5% de la proportion de ce problème de santé au sein de la population.
Si les chercheurs reconnaissent certaines limites à leurs conclusions (les données électorales sont de 2024, alors que celles sur la santé datent de 2022-2023), ils affirment que leurs constats sont similaires à ceux effectués aux États-Unis, où les républicains ont engrangé plus de votes chez les gens malades.
Idem pour l’Italie, avec l’extrême droite dans cet autre pays européen.
« Au Royaume-Uni, la mise en place de mesures d’austérité, qui ont été aggravées par les effets de la pandémie de COVID-19, a contribué au fait que bien des gens souffrant de maladies à long terme ou chroniques n’ont pas droit à plusieurs aspects de base des soins de santé, et cela pourrait engranger de la frustration face au statu quo« , soulignent les auteurs.
Voilà pourquoi, écrivent-ils encore, il faut que tous les autres partis politiques s’engagent à améliorer l’accès aux soins de santé, et ainsi réduire les inégalités. Après tout, des gens heureux ont bien moins souvent envie de voter pour un parti « antisystème », ou encore une formation qui prétend combattre les « élites ».





