Il y a 50 ans, Montréal vibrait au rythme des Jeux olympiques; pour l’occasion, plusieurs événements sont organisés un peu partout, y compris sur le terrain du Stade. Mais pour mieux comprendre le contexte historique, y compris les nombreuses controverses ayant entaché l’organisation des Jeux, c’est du côté du Musée McCord qu’il faudra se tourner.
En effet, l’exposition Montréal 1976: une épreuve olympique, présentée jusqu’en septembre, est à la fois source d’émerveillement, mais aussi un puissant rappel historique. Car la métropole de l’époque, mais aussi le Québec, et le Canada tout entier, étaient en proie à une grande effervescence.
Dans une ville où l’on avait trop souvent tendance à construire plus rapidement qu’on ne pouvait protéger le patrimoine, et moins d’une décennie après la tenue de l’Exposition universelle, qui mit Montréal « sur la carte », en plus de s’inscrire dans la droite ligne des grandes transformations de la métropole, accueillir les Jeux voulait dire aller plus vite, plus loin, et poser des gestes plus forts.
Qui de mieux, ou de pire, pour piloter ce gigantesque chantier architectural, mais aussi social, politique et économique, que le maire Jean Drapeau? L’exposition du musée, qui consacre probablement le tiers de son espace et de ses artefacts à ce sulfureux décideur politique et à ses casseroles, nous montrera d’ailleurs les deux côtés de la médaille.
Autoritaire, Drapeau – et bien d’autres – fera en bonne partie à sa tête. Doit-on s’étonner, alors, que les plans de Roger Taillibert aient été choisis sans véritable concours qui aurait pu faire place au savoir-faire québécois?
Caricatures, extraits de discours, séquences vidéo, textes explicatifs… On tente – et l’on réussit largement – de nous faire comprendre la mauvaise gestion de ce chantier titanesque réalisé en des délais qui seraient aujourd’hui jugés très serrés.
Doit-on s’étonner, après des grèves, des commissions d’enquête et toutes sortes de retards, que les Jeux aient eu lieu sans que le mât du Stade n’ait été terminé? Et sans toile surplombant la surface centrale, bien évidemment?
Mais cette exposition n’est pas qu’un cours d’histoire: c’est aussi une plongée dans les travaux de conception qui auront permis de donner aux Jeux de Montréal leur touche distinctive. Que l’on pense au Stade de Monsieur Taillibert, qui subit ces jours-ci une cure de jouvence; ou encore à la célèbre torche conçue par le designer Michel Dallaire, qui signera aussi les supports à vélo de Montréal, ou encore les Bixis, impossible d’évacuer le côté artistique de ces démarches créatives.
Tout semblait d’ailleurs plus simple, à cette époque où l’enthousiasme envers l’avenir était palpable. À preuve, ce logo des Jeux, aussi beau qu’efficace. Ou encore les pictogrammes utilisés pour représenter les épreuves, qui n’ont pas pris une ride, aujourd’hui.

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(Re)vivre les Jeux
Enfin, l’exposition nous plonge aussi dans le coeur de l’action, auprès des spectateurs, des employés des Jeux, mais aussi des athlètes. Costumes, événements sociaux, extraits d’épreuves… tout y est, même les couleurs criardes des vêtements portés par les journalistes de Radio-Canada, à l’époque.
On sourira peut-être devant les pantalons aux pattes d’éléphant que portaient les employés, il y a 50 ans, mais impossible de ne pas se sentir imprégné(e) par la ferveur de ce grand rendez-vous sportif.
Tout n’est pas parfait, cependant, dans cette exposition: tout d’abord, la petitesse des lieux d’exposition a évidemment forcé les gens du Musée McCord à faire des choix. Non pas que l’on sente qu’il manque énormément de choses, mais certains aspects sont traités plus rapidement que d’autres, notamment le boycott d’une trentaine de nations africaines, à quelques jours de l’ouverture des Jeux.
On évoquera ainsi la présence de la Nouvelle-Zélande comme raison derrière ce retrait massif, mais la véritable explication n’est indiquée nulle part: ce boycott s’est produit à la suite de la participation de la Nouvelle-Zélande à un tournoi de soccer en Afrique du Sud, alors étranglée d’une main de fer par le régime de l’apartheid.
On nous ne parlera pas beaucoup, non plus, des Jeux de Munich, en 1972 pourtant le site d’une sanglante prise d’otages israéliens par des Palestiniens, ou encore des Jeux de Moscou, en 1980, qui feront eux aussi l’objet d’un boycott de grande envergure.
Rien, dans tout cela, ne fait de cette exposition un rendez-vous raté. Mais avec un sujet aussi vaste que les Jeux de Montréal, il a bien entendu fallu faire des choix.
Pour ceux qui étaient là, mais aussi pour les gens arrivés à Montréal (ou nés) par la suite, Montréal 1976: une épreuve olympique est un excellent résumé de cette période aussi faste que trouble, dans la vie de la métropole. L’occasion de (re)découvrir un pan de notre histoire. À voir, jusqu’au 7 septembre.





