Du haut de ces statues, 20 siècles nous contemplent. Sculptées avec soin par des maîtres ayant vécu environ 2000 ans avant notre époque, enterrées, ou encore méticuleusement et miraculeusement préservées, puis redécouvertes, les oeuvres regroupées par la famille Torlonia, au 19e siècle, s’installent à Montréal, dernière étape d’une toute première tournée nord-américaine.
L’argent fait parfois le bonheur: riches banquiers, gérant notamment les avoirs du pape et de la famille Bonaparte, les Torlonia ont réussi à accumuler plusieurs centaines de ces statues. Et après près d’un siècle passée dans l’ombre, cette extraordinaire collection revoit la lumière du jour et effectue depuis la tournée des musées.
Dont acte, au Musée des Beaux-Arts, où l’on peut admirer 57 marbres de cette lointaine époque de légionnaires, d’empereurs et du faste de cet univers romain s’étendant du Royaume-Uni à l’Afrique du Nord, et du Portugal à la Syrie. Des statues, d’abord, bien entendu, mais aussi des sarcophages, des reliefs, etc.

Entrer dans cette exposition, c’est retrouver une partie de la gloire de la Rome antique, celle du Cirque, du Colisée, des palais, des toges et de ces hommes et femmes persuadés de l’extrême importance d’immortaliser leurs traits pour assurer la pérennité de leur lignée, de leurs idéaux, de leurs réalisations.
Les voilà, ces empereurs et leurs concubines, leurs traits figés pour l’éternité, le port altier, le regard perçant fixant l’horizon. Les voilà, ces hommes politiques, mais aussi ces dirigeants militaires… Sans compter ces représentations de la très vaste et complexe mythologie romaine, avec ces emprunts ici et là.
Ce qui fascine, aussi, c’est non seulement de constater l’immensité du talent des sculpteurs de l’époque, mais aussi la propension, par des artistes bien plus près de nous, au 19e siècle, à laisser parfois aller leur imagination afin de « restaurer » des pièces bien souvent lourdement endommagées par le passage des années.
Qu’on se rassure tout de suite: le résultat est toujours bluffant, à un point tel que le MBAM a jugé nécessaire – avec raison – d’indiquer, sur des affichettes explicatives, ce qui constitue la statue originale, et ce qui a été restauré, remplacé, ou carrément ajouté à l’oeuvre, sans qu’il ne s’agisse de ce que l’on imagine être la statue originelle.

Et que l’on ait recollé ou non les morceaux, le fait est que même une oeuvre modifiée au 19e siècle a, de nos jours, tout de l’antiquité… même si cela ne remonte pas à l’Antiquité elle-même.
Parcourir les salles d’exposition du musée, c’est voyager 2000 ans en arrière. C’est s’imaginer vivre entouré de ces nombreuses représentations du pouvoir, mais aussi de ces enjeux toujours d’actualité: la vie, la mort, l’amour, la guerre…
Tous ces puissants, tous ceux et celles, immortalisées dans la pierre, dont le visage est parvenu jusqu’à nous, que penseraient-ils de notre époque actuelle? Seraient-ils fiers de savoir que leurs exploits, leur existence même, se retrouve encore au coeur de nos considérations politiques, sociales et historiques? Impossible de le savoir.
Ce qu’il est possible de faire, toutefois, c’est d’admirer ces chefs-d’oeuvre d’une époque depuis longtemps disparue. Ces artefacts extrêmement bien conservés qui ont traversé les siècles. Puissions-nous saisir cet instant d’éternité. À découvrir, absolument, d’ici le 19 juillet.





