Tout en délaissant un peu le survivalisme préhistorique en faveur d’une intrigue teintée de surnaturel, la troisième saison de Primal, disponible depuis peu en Blu-ray et DVD, confirme que la série de Genndy Tartakovsky est l’une des meilleures animations pour adultes des dernières années.
Diffusée sur Adult Swim, le penchant adulte de la chaîne Cartoon Network, Primal nous transporte dans une préhistoire anachronique où dinosaures et humains coexistent. Créée et réalisée par Genndy Tartakovsky, la série d’animation s’articule autour des liens improbables entre Spear, le dernier homme de Néandertal dont l’espèce est sur le point de céder la place aux Homo sapiens, et un tyrannosaure femelle surnommé Fang. La première saison relatait la façon dont ces deux créatures très différentes, mais liées par un drame commun, ont appris à collaborer, et la seconde envoyait le duo bien loin de chez eux, dans un périlleux périple pour retrouver Mira, une esclave avec qui ils se sont liés d’amitié avant que celle-ci ne soit recapturée par ses « propriétaires ».
Saluée par la critique comme le public, la série aurait facilement pu continuer sur sa lancée, mais étant donné que le personnage principal est décédé à la fin de la saison précédente, ces dix nouveaux épisodes chamboulent quelque peu la formule établie par l’émission. Réanimé par un sorcier ayant jeté un sort à sa dépouille, Spear revient en effet sous la forme d’un mort-vivant. Tandis que tous les humains et les animaux fuient à la simple vue de cette créature sans âme dont l’existence même est contre nature, l’homme des cavernes, qui n’a rien perdu de son habileté au combat, est hanté par les souvenirs fugaces de son passé. Il recouvrira peu à peu la mémoire, ainsi que son humanité, en affrontant divers dangers dans sa quête pour retrouver Fang et Mira.

Si elle était déjà présente dans le passé, la troisième saison de Primal accorde davantage d’importance à la magie, et le survivalisme préhistorique cède la place au fantastique et au macabre. La résurrection du héros ouvre la porte à des créatures plus monstrueuses, des paysages plus cauchemardesques et une atmosphère évoquant autant les récits de fantasy sombre que les films d’horreur gothiques. La série interroge constamment ce qui définit l’identité. Spear est-il encore lui-même lorsqu’il ne possède plus ses souvenirs, sa voix intérieure ou son humanité? Même si la sauvagerie résolument adulte est toujours au rendez-vous, cette réflexion philosophique imprègne l’ensemble des dix nouveaux épisodes.
La grande force de Primal demeure son refus presque absolu du dialogue, et son immense talent à raconter des histoires complètes sans une seule parole. Là où la plupart des séries contemporaines expliquent chaque émotion, Tartakovsky fait confiance à la puissance de la mise en scène. Chaque regard et chaque mouvement du corps raconte davantage que de longs monologues, et cette nouvelle saison pousse encore plus loin cette approche minimaliste. Le silence devient parfois oppressant, parfois bouleversant, laissant la musique et les expressions faciales transmettre toute la complexité émotionnelle, et cette narration purement visuelle offre une expérience d’une rare intensité.

Avec ses lignes épurées, l’animation en 2D de Primal est d’une grande qualité. Les combats demeurent brutaux, mais les décors gagnent en richesse, avec des forêts noyées dans le brouillard, des cavernes lugubres, des temples en ruines, ou une tribu habitant au pied d’un volcan en ébullition. La version zombifiée de Spear est particulièrement réussie: teint verdâtre, partie du crâne arraché laissant voir son cerveau, mouches volant en permanence autour de lui. La série montre aussi la dégénérescence graduelle de son corps, qui tombe de plus en plus en morceaux. Après un affrontement, son avant-bras droit dénué de chair n’est plus qu’un squelette, et il perd des organes par son ventre déchiré. Bien qu’il ne s’exprime que par des grognements et des hurlements, Aaron LaPlante prête de nouveau sa voix au héros.
La version haute définition de Primal: The Complete Third Season contient les dix épisodes de 22 minutes chacun sur deux disques Blu-ray. L’édition n’est disponible qu’en anglais, mais puisqu’il n’y a pas de dialogues, sauf quelques rares répliques dans un dialecte préhistorique qui n’est pas traduit dans les sous-titres, nul besoin de parler la langue de Shakespeare pour comprendre. On retrouve aussi deux courtes revuettes. Dans la première, Genndy Tartakovsky narre le storyboard du premier épisode en faisant lui-même le bruitage. Dans la seconde, le créateur explique pourquoi le troisième épisode, où Spear cherche à protéger un criquet possédant les mêmes couleurs et rayures que Fang, est son préféré de la saison.
Violente, viscérale, et parfois profondément mélancolique, cette troisième saison confirme que Primal est l’une des séries d’animation les plus ambitieuses de son époque. Si elle ne possède peut-être plus l’effet de surprise des débuts, elle compense largement par son audace narrative, et sa capacité à transmettre l’émotion sans jamais prononcer un seul mot.
8/10
Genndy Tartakovsky’s Primal: The Complete Third Season
Réalisation: Genndy Tartakovsky
Scénario: Genndy Tartakovsky, Darrick Bachman, David Krentz, Mark Andrew
Avec: Aaron LaPlante, Laëtitia Eïdo, Boise Holmes, Fred Tatasciore, Dee Bradley Baker, Debra Wilson, Tre Mosley et Lilah Tartakovsky
Durée: 223 minutes
Format : Blu-ray (2 disques)
Langue : Anglais seulement





