Rock star aussi accomplie qu’imprévisible, l’excentrique Annie Clark, mieux connue sous le nom de St. Vincent, a livré un concert à la hauteur de son talent, dimanche soir au Festival international de jazz de Montréal, dans le cadre de sa tournée symphonique avec orchestre.
C’est tout en douceur que la délicate Ruby Plume a assuré la première partie du spectacle, seule sur scène avec sa guitare pour sa première apparition à Montréal. Elle y a joué plusieurs de ses chansons, en plus d’une reprise de Joni Mitchell.
Ensuite, un orchestre de Montréal, sous la gouverne du chef d’orchestre Jules Buckley, ainsi que les musiciens de la chanteuse, se sont prêtés à l’exercice des chansons remaniées en version symphonique de presque tous les albums de St. Vincent, incluant la trame sonore du film expérimental The Nowhere Inn. Les fans d’hier devront toutefois accepter qu’aucune chanson du merveilleux album Strange Mercy n’a été retenue.

Il y en a toutefois suffisamment pour se contenter, puisque pendant plus d’une heure bien soutenue, on démontre une minutie et un sens du détail tellement raffinés que certaines pièces donnent l’impression d’avoir toujours été conçues ainsi.
Dans cette prestation conçue avec soin, il y a peu de places aux surprises et à l’improvisation, la liste de chansons ainsi que l’ordre d’interprétation demeurant le même ou presque de concert en concert. Au moins, une version à Londres a été enregistrée pour pouvoir revivre le voyage musical à tout moment.
On notera par contre que l’indémodable The Party du son deuxième album Actor n’a pas été interprétée dans le concert auquel nous avons assisté.
C’est dans un élan nostalgique que le tout s’ouvre sur une version inédite de We Put a Pearl in the Ground, issue du tout premier disque de St. Vincent, Marry Me. On frissonnera certainement aussi lorsque la chanteuse reprendra plus tard Now, Now, toute première chanson de cet album où tout a commencé.
D’abord tout en voix et pratiquement stoïque, Annie Clark ne perdra pas de temps pour faire apparaître son personnage excentrique habituel montrant un plaisir démultiplié lorsqu’elle manie ses différentes guitares. Ses gestes et ses chorégraphies prendront toujours plus d’ampleur, jusqu’à une version carrément déjantée de Digital Witness pour laquelle elle déclarera qu’il est le temps de s’amuser.
Subtile, mais avec un grain de folie infusé avec parcimonie, elle s’est mérité de nombreuses ovations, notamment en saluant les Habs et les Victoires et en rappelant que Montréal est une ville qu’elle s’est assurée de visiter en tournée à plus d’une occasion.
Si les moments marquants sont nombreux, on en retiendra principalement deux, en lien avec son album Masseduction.
Tout d’abord, il y a la sublime transformation de Smoking Section, pièce de fermeture de l’album devenue ici une longue suite de presque dix minutes, ouverture orchestrale incluse.
Ensuite, impossible de passer sous silence la fantastique chanson New York, où la chanteuse en profite pour aller s’éclater dans l’auditoire, saluant plusieurs spectateurs, empruntant leurs chaises et bien plus. Un véritable moment d’anthologie pour tous ceux réunis.
St. Vincent symphonique est donc un projet fou et audacieux qui s’avère gagnant. Une odyssée enchanteresse qui nous conquiert sans mal jusqu’au rappel, alors qu’Annie Clark interprète avec fougue Slow Disco, étendue sur la scène.
9/10
St. Vincent Symphonique a été vu dans le cadre du Festival International de Jazz de Montréal. Sa tournée se poursuit actuellement un peu partout dans le monde.





