Les paris sportifs en ligne ont connu une très forte croissance, autant au Canada qu’aux États-Unis, après leur légalisation. Mais en parallèle, révèle une nouvelle étude, les appels auprès des services d’aide, mais aussi les taux de suicide, ont eux aussi pris de l’ampleur.
Dans le cadre de travaux réalisés par Brad Greenwood, professeur au sein du Costello College of Business, et dont les résultats seront publiés dans Information Systems Research, les effets négatifs rattachés à la légalisation des paris sportifs toucheraient principalement les hommes jeunes, non mariés et moins éduqués.
Avec des collègues de l’Université du New Hampshire et de la Nanyang Technical University, le Pr Greenwood dit avoir cherché à savoir « qui paie le prix de la généralisation des paris sportifs en ligne ».
Les travaux, qui se concentrent sur la situation chez l’Oncle Sam, portent sur les effets de la légalisation des paris en ligne, mais aussi hors ligne, en examinant les changements dans le nombre d’appels reçus par la ligne téléphonique nationale d’aide pour les problèmes de jeu, ainsi que dans le nombre de suicides rapportés dans chaque État.
Le résultat? Un plus grand nombre d’appels, mais aussi davantage de suicides dans les États américains ayant légalisé la pratique du pari sportif. Ainsi la ligne d’aide aurait reçu environ 23% d’appels en plus, mais sans changement significatif lors de la légalisation des paris traditionnels, c’est-à-dire hors ligne.
« L’effet semble uniquement numérique », indique le Pr Greenwood. « Nous n’avons pas vu d’effet lors de la légalisation des paris physiques; et si l’interprétation d’un résultat nul est complexe, nous pensons que l’accès facilité aux instances de paris sportifs, sur téléphone, ou sur internet, encourage un comportement compulsif et alimente la dépendance au jeu. »
Tel que mentionné par voie de communiqué, l’aspect ludique des paris en ligne représenterait un important facteur de risque pour la multiplication des cas de dépendance.
Ainsi, des applications aux allures de jeux vidéo facilitent les paris, non seulement en lien avec le résultat d’un match, mais aussi pour d’autres résultats qui ne sont pas liés au score final, comme le tirage au sort, en début de partie, ou encore le nombre de fautes commises par un joueur.
Ces paris viendraient renforcer l’appel du jeu et démultiplieraient son côté addictif, mentionnent les auteurs de l’étude.
Au dire du Pr Greenwood, « avec la façon dont ces applications sont conçues, avec un renforcement intermittent entre les hauts et les bas, et une validation sociale ajoutée, il est facile de voir comment elles deviennent addictives ».
Par ailleurs, le fait que l’impact sur les suicides soit concentré chez les jeunes hommes non mariés pourrait indiquer un problème chez les étudiants à l’université, même si davantage de données sont nécessaires pour confirmer le tout, mentionne-t-on, toujours par voie de communiqué.

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Une manne financière
Après avoir légalisé les paris sportifs, les différents États américains ont fait sonner le tiroir-caisse. À l’échelle des États-Unis, les revenus liés aux paris ont bondi de 44,5% en 2023, pour passer à 13,7 milliards de dollars US en 2024, avec une somme totale pariée de 119,84 milliards.
Au moment de la fin de l’étude, en juin 2024, le marché avait connu une croissance annuelle frôlant les 30%, depuis 2018, année où la Cour suprême a annuler la loi interdisant le pari sportif.
Les auteurs des travaux soulignent par ailleurs qu’il faudra creuser davantage pour obtenir un portrait précis de l’effet des paris sur la santé mentale.
Pour les scientifiques, toutefois, il ne fait aucun doute que les décideurs doivent « contrer les effets humains de cette situation ». « S’ils décident de légaliser ce type de paris, alors les élus doivent consacrer des ressources pour traiter les problèmes de santé mentale », argue le Pr Greenwood.
« Bien que les impacts négatifs à plus long terme sont difficiles à mesurer, nous affirmons que les décideurs devraient être au fait de ces problèmes et allouer des ressources pour mitiger les problèmes de santé mentale, dans les régions où cette pratique est légalisée. »
Toujours selon le Pr Greenwood, « les histoires d’horreur, à propos des paris et du jeu à l’argent, apparaissent régulièrement dans les médias. Mais cela ne semble pas ralentir le rythme de la légalisation ».





