La culture numérique serait déjà en train de transformer les expériences en matière de peur, de curiosité et de sentiment d’appartenance, selon une étude menée par des chercheurs de l’Université de Lancaster.
Dans le cadre de leurs travaux, les spécialistes ont ainsi cherché à savoir pourquoi des environnements virtuels comme les backrooms – les arrière-salles, dans la langue de Molière –, soit des espaces vides mystérieux ressemblant à des bureaux, des sous-sols et des corridors n’apparaissant sur aucun plan, sont devenus si attirants, et pourquoi les internautes choisissent de se perdre dans des espaces qui n’existent pas.
Contrairement au tourisme « sinistre » traditionnel, qui s’articule autour de lieux physiques et d’événements historiques, indique-t-on par voie de communiqué, ces « arrière-salles » représentent une nouvelle forme d’expérience qui ne peut se vivre qu’en ligne.
Ainsi, ces endroits « émergent des coins sombres et méconnus du web, des endroits moins encadrés et souvent plus expérimentaux ».
Les travaux de recherche, effectués par la Dre Sophie James et le professeur James Cronin, soulignent que les gens ne voyagent évidemment pas vers de véritables endroits, mais pénètrent plutôt dans des environnements numériques partagés qui semblent immersifs, en plus d’être dérangeants, et tout juste hors de portée.

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Comme le soulignent les auteurs, « ces mondes sont construits de façon collective, via une communauté particulièrement active de personnes qui partagent des vidéos, des notes, ainsi que du contenu créatif », ce qui donnerait l’occasion aux autres individus d’explorer « l’incertitude et le malaise de ces arrière-salles de façon à ce que l’expérience ait un effet marquant, même sans présence physique ».
Pour la Dre James, qui est rattachée au département de marketing, « nos travaux démontrent que les gens sont de plus en plus attirés vers des expériences émotionnelles intenses se déroulant dans des endroits qui n’existent pas concrètement, mais qui semblent malgré tout avoir un impact significatif ».
« Nous décrivons cela comme une forme de « tourisme sinistre paraterrestre », c’est-à-dire des rencontres avec des environnements qui semblent réels, mais qui n’existent pourtant pas dans un contexte géographique conventionnel. Le terme « para » signifie que quelque chose existe aux côtés ou au-delà de ce qui est familier, et engl0be donc un intérêt envers des espaces qui ne peuvent pas être visités dans le sens traditionnel du terme, et dont la forme et la signification demeurent floues. »
Toujours selon la Dre James, « les arrière-salles démontrent comment la culture numérique transforme ce qu’explorer signifie, et ce que l’on entend par l’idée de se sentir présent à un endroit, tout en suscitant des questionnements plus vastes à propos de la façon dont les gens s’exposent au risque, à l’ambiguïté, ainsi qu’à l’inconnu, le tout dans des mondes numériques pourtant bien encadrés ».
« Nos travaux sont publiés à une période franchement intéressante, en raison de l’attention culturelle croissante accordée au film Backrooms, qui reflète le fait que ce phénomène numérique imaginaire, autrefois réservé à un petit groupe, est de plus en plus populaire. »
Aux yeux des chercheurs, leurs résultats laissent entendre que l’internet sert donc de destination en lui-même, où les espaces imaginaires deviennent des lieux au sens propre, plutôt que de simples extensions ou simulations d’endroits qui existent dans la vraie vie.





