Brandon Sanderson a peut-être un problème. Ou peut-être pas, allez savoir. Mais après avoir terminé la dernière page du particulièrement volumineux cinquième tome de la série The Stormlight Archive, intitulé Wind and Truth, on peut légitimement commencer à se demander si l’auteur est capable de conclure ses histoires.
Oh, ce cinquième bouquin, avec son décompte d’une dizaine de jours avant l’affrontement entre quelque chose qui ressemble au Bien, et quelque chose qui a un peu trop de plaisir à être le Mal; avec ses (très) nombreux chapitres consacrés à de (très) nombreux personnages, chacun avec sa phase de croissance personnelle, a tout ce qu’il faut pour donner l’impression d’une apothéose.
On évoque ainsi un combat final entre les humains effrayés et dispersés, et une autre espèce longtemps réduite en esclavage, mais qui a retrouvé des pouvoirs que l’on croyait disparus depuis longtemps, et qui s’en prend à ses anciens maîtres.
Le hic, le gros hic, est quelque chose que l’auteur reconnaît lui-même: ce livre, ce roman grand format, avec environ 1300 pages d’une écriture bien tassée, ne représente que la mi-parcours d’une saga qui devrait compter 10 volumes.
Et cette question de la longueur ramène à l’avant-plan l’enjeu de la pertinence de certains passages des romans de M. Sanderson. Car disons-le franchement, ce ne sont pas toutes les 1300 pages qui semblent faire progresser l’intrigue.
Non pas que l’ensemble de la chose soit ennuyant, bien entendu. Après tout, si l’auteur est aussi populaire, c’est qu’il propose, notamment, un mélange fort intéressant de sorcellerie, de fantastique et d’enjeux tout à fait terre à terre et contemporains.
Évidemment, l’espèce humaine n’a, dans la vie de tous les jours, aucunement besoin de gérer les conflits entre puissances divines, ou de devoir gérer les représentations fantasmagoriques des émotions, par exemple, ou de certains objets les plus divers.
Mais à lorsque les personnages de la série sont assaillis par le doute, qu’ils sont terrassés par la peur ou le deuil, ou lorsqu’ils s’interrogent sur la notion de bien personnel par rapport au bien commun, alors il est facile de s’identifier à ces gens qui doivent surmonter des obstacles en apparence infranchissables.

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Brandon Sanderson semble tellement vouloir humaniser ses personnages, en fait, et donner de la profondeur à leur personnalité, qu’il se retrouve parfois à proposer des « solutions » emballées dans une grande quantité de mots, mais qui sont en fait parfois tristement simples.
C’est notamment le cas de Kaladin, l’un de nos héros, qui surmonte la tristesse et le deuil associés à une vie de combats et de tueries en affirmant qu’il est acceptable de souffrir, et que c’est à partir de cette acceptation que l’on peut devenir une meilleure personne et progresser.
On peut aussi penser à Dalinar, longtemps chef de guerre et homme d’État impétueux et violent, dont l’un des plus grands sacrifices consistera à réussir à comprendre son prochain.
Et qu’en est-il de Sezth, un assassin engagé dans une quête de rédemption, qui décidera finalement de ne plus se laisser marcher sur les pieds?
L’auteur a beau nous proposer de longs dialogues et toutes sortes de rebondissements, nous sommes ici au premier degré de la philosophie et de la psychologie.
Pire encore, M. Sanderson décidera, à plusieurs reprises, de surprendre ses lecteurs en imposant un revirement de situation particulièrement inattendu, après avoir consacré plusieurs chapitres à nous guider vers un dénouement qui disparaît soudainement en fumée.
Vers la fin du roman, bien franchement, alors que l’on jette les bases de ce sixième livre dont la rédaction est probablement bien avancée, on en vient à éprouver passablement de frustration envers cette tendance à étirer la sauce.
Bien franchement, l’histoire aurait pu se terminer avec ce cinquième roman, alors que l’on a probablement déjà lu plus de 7000 pages. M. Sanderson a clairement son public, et il est fort possible que ce journaliste se laisse tenter, à la longue, mais force est d’admettre que Wind and Truth tient davantage du marathon que du plaisir littéraire.





