C’est avec beaucoup de générosité et de précision que le talentueux Max Richter, accompagné de l’American Contemporary Music Ensemble, a interprété en intégralité deux de ses albums, jeudi soir, au Festival international de jazz de Montréal, incluant son acclamé The Blue Notebooks.
Nommé pour la première fois aux Oscars cette année, Max Richter a une plume musicale si distincte qu’il est devenu une sorte de raccourci par excellence pour soutirer des larmes aux spectateurs.
Si certains ne sont plus capables d’entendre On the Nature of Daylight et ses variations qui ont été utilisées à toutes les sauces, lorsqu’on entend la pièce sur scène avec des musiciens de talent, il demeure difficile d’en contester son efficacité et sa puissance.
De fait, en ayant la chance unique d’entendre de bout en bout son plus récent album In A Landscape, sorti en 2024, puis The Blue Notebooks, suivant un entracte bien mérité, on est capable d’en savourer la grande portée, mais aussi les subtilités et cette richesse qui se multiplient de morceau en morceau.

Selon les courtes introductions au micro de cet artiste britannique d’origine allemande, son plus récent album s’intéressait aux dualités, s’amusant à opposer ou jumeler des éléments inattendus, alors que The Blue Notebooks le ramène en 2003, dans une période de doutes qui l’a poussé à se relancer dans Kafka. Comme sur l’album, des extraits de l’écrivain étaient lus sur scène. Malheureusement, sans la voix inimitable de Tilda Swinton.
The Blue Notebooks est d’ailleurs le projet qui a lancé en grande pompe la carrière désormais internationale et multidisciplinaire du compositeur et interprète, devenant la bible de toute la musique qu’il a composée par la suite.
En contrepartie, In A Landscape montre judicieusement l’évolution musicale et la complexité qu’il a atteint avec le temps, deux décennies plus tard.

Dans une mise en scène très sobre qui laisse toute la place à la force de la musique interprétée par moins d’une dizaine de musiciens, dont deux violonistes et l’un des deux violoncellistes qui troque par moment son instrument pour un autre, les éclairages apportent une dimension fantomatique qui accompagne bien l’ensemble sur scène.
Pour le reste, bien que comme sur les albums, les moments de grâce arrivent avec un certain déséquilibre, on s’est laissé bercer, hanté jusqu’aux toutes dernières notes de The Trees.
8/10
Max Richter accompagné de l’American Contemporary Music Ensemble a été vu dans le cadre de la 46e édition du Festival international de jazz de Montréal pour sa tournée The Blue Notebooks and In A Landscape.





