Se dit-on assez souvent « je t’aime »? Se le dit-on, tout simplement? Dans Le dos de Suzanne, l’auteur Gabriel Charlebois Plante explore l’épineuse et bien souvent douloureuse question de l’amour parental, le tout sur les planches d’un Quat’Sous temporairement transformé en cuisine familiale.
Suzanne est malade. Les deux parents sont malades, en fait. Le chien également. Quelque chose comme un cancer, avec vomissements réguliers à la clé. On peut imaginer que tout ce beau monde finira par passer l’arme à gauche, plus tôt que tard.
Mais est-ce vraiment le cas? Ne s’agit-il pas d’une mise en scène, d’une création du fils, justement auteur de théâtre, qui transpose ainsi, sur scène, sa relation difficile avec ses parents? Bien franchement, on l’ignore. Tout – la maladie, les questionnements déchirants de notre auteur – semble pourtant réel. Voilà le propre du théâtre, sans doute: cette capacité de donner vie à quelque chose qui n’existe pas.
Outre cette question de la maladie, avec cette date limite auto-imposée consistant à terminer d’écrire et de monter cette pièce avant la mort de Suzanne, justement, l’oeuvre est aussi un examen de ce qui sous-tend une relation familiale, ce qui vient soutenir cet amour, ce sans quoi nous ne serions que devant quelque chose d’immatériel, de fantomatique.

Vous aimez nous lire et nous écouter? Pour continuer de vous offrir nos contenus, nous avons besoin de vous.
Pour seulement 5$ par mois, contribuez au succès de Pieuvre et obtenez l’accès à La Voûte, une série d’épisodes exclusifs du podcast Rembobinage. Abonnez-vous dès aujourd’hui!
Ici, comme dans bien d’autres relations familiales, l’amour passe aussi par les petites choses, y compris la nourriture. Des plats simples; la chaleur d’une maison familière; l’être aimant (et aimé) aux fourneaux, ou les deux mains dans l’évier rempli d’eau savonneuse et de vaisselle sale…
Nous voilà donc confrontés, un peu malgré nous, à l’inavouable, à ce que nous repoussons le plus possible: que ferons-nous, une fois que nos parents ne seront plus là? Comment envisagerons-nous la vie familiale lorsque ceux qui nous ont donné la vie auront passé de vie à trépas? Irons-nous jusqu’à perpétuer ces mêmes traditions, ces mêmes gestes, ne serait-ce qu’inconsciemment, afin de ne pas perdre ce lien avec nos parents, si ténu soit-il?
Le dos de Suzanne ne prétend pas avoir la réponse à ces questions. Mais pendant une heure, le public du Quat’Sous revient s’asseoir à la table de la cuisine, avec le ronronnement familier du frigo, pour revisiter une relation parfois tendue et houleuse, certes, mais riche d’un amour qui ne disparaît jamais vraiment.
Le dos de Suzanne, de Gabriel Charlebois Plante, dans une mise en scène d’Odile Gamache
Avec Louise Bombardier, Richard Fréchette et Jean Marchand
Au Quat’Sous, jusqu’au 18 octobre





