À la veille de la Journée nationale de la vérité et de la réconciliation, la salle Fred-Barry du théâtre Denise-Pelletier accueuillait Ka Uinaksheshet – Les enfants sales, une oeuvre coup de poing sur l’impact encore terrible des pensionnats pour Autochtones.
Le sujet n’est évidemment pas nouveau, même s’il ne cessera jamais d’être pertinent, mais la particularité de ce spectacle est que ses créateurs l’ont conçu pour qu’il soit non pas vu, mais entendu. Ainsi, le public est invité, en début de représentation, à nouer un bandeau sur sa tête. Et durant les 90 minutes suivantes, c’est avec nos oreilles uniquement que l’on explorera ce résumé de l’horreur des pensionnats.
Tour à tour, on nous parlera d’identité autochtone, de cette réappropriation de la culture à la suite de l’ignoble tentative de « tuer l’Indien dans l’enfant », mais aussi des traumatismes qui continuent d’affecter, même 30 ans après la fermeture du dernier pensionnat, un nombre incalculable de gens.
Ce qui est frappant, dans cette oeuvre, c’est la terrifiante efficacité des arguments employés par l’Église pour laver le cerveau des jeunes pensionnaires et ainsi tenter de leur faire oublier leurs racines, leur culture et leur langue.
Combinez des gens en position d’autorité, un environnement nouveau et déstabilisant, et la menace (bien souvent mise à exécution) de la violence physique, et vous obtenez une génération d’enfants autochtones qui ont presque tout perdu.

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Mais comme l’indique Simon Riverin, qui est lui-même descendant de survivants des pensionnats pour Autochtones, cette oeuvre est une occasion d’éduquer les Allochtones, oui, mais d’abord et avant tout une façon d’exprimer cette douleur, de faire sortir cette colère, de s’affranchir de cette tristesse qui ronge maintenant deux générations de membres des Premières Nations.
Sur le plan technique, on comprendra, par volonté d’immersion, ce choix de présenter une pièce de théâtre « sonore », mais sans support visuel, il est un peu plus difficile de s’investir complètement.
En fait, il faut voir cette oeuvre comme une occasion de rencontrer l’autre. D’établir un dialogue. Et de comprendre, surtout, que la terrible histoire des pensionnats n’est qu’un aspect d’un problème plus vaste qui perdure depuis les débuts de la colonisation.
Mais le temps d’une soirée, le temps d’un moment d’échange et de compréhension mutuelle, Ka Uinaksheshet invite à accepter de la peine et de la colère, oui, mais surtout une main tendue. Une expérience à vivre.
Ka Uinaksheshet, de Simon Riverin, Pierre Berlioux et Julien-Claude Charlebois
Avec Simon Riverin, Fabrice Girard, Suzie Kanapé-Fontaine, Jeanne Moreau-Vollant et Xavier Watso
À la salle Fred-Barry du théâtre Denise-Pelletier, jusqu’au 10 octobre





