L’œuvre et le personnage de Cervantes ont connu bien des arrangements, au cours des siècles. Et c’est à une nouvelle adaptation que nous convie le TNM dans Quichotte, une œuvre qu’on pourra trouver éloignée de sa source d’inspiration… mais pourquoi ne pas tenter le coup?
Don Quichotte, le personnage créé par Cervantes au début du 17e siècle, est devenu une figure universelle, étrange et triste, mais fort sympathique. Même s’il est complètement fou, il est touchant avec sa tête dans les nuages, son esprit toujours remplis des souvenirs de ces nombreux romans de chevalerie qu’il a dévoré jusqu’à s’y identifier. Ainsi se croit-il preux chevalier, guerrier vaillant, combattant sur son destrier pour conquérir sa dulcinée dans la tradition médiévale des romans courtois.
Dans un bordel type cabaret, avec sa troupe de travailleurs du sexe, d’artistes et de musiciens pour animer les chaudes soirées de Barcelone, débarque un professeur de littérature qui convertit tout le monde à sa passion. On n’est ni au Moyen-Âge, ni au XVIIe siècle. L’action se déroule au XIXe siècle en Espagne, durant les coups militaires qui s’accompagnent de périodes de répression et de violence, en particulier à l’égard des élites intellectuelles.
Le professeur qui en fait partie s’est donc réfugié dans cet établissement. Et quand le danger arrive jusqu’aux portes du bordel, il doit être retenu par les autres pour ne pas en sortir et risquer de se faire tuer. Et c’est là qu’il devient soudainement fou et se met à ressembler au personnage de Cervantes.

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Si le spectacle présenté dans Quichotte est plein de qualités artistiques, j’ai regretté le côté un peu bancal du début du récit qui m’a empêché de bien accepter la proposition. C’est d’autant plus dommage que le texte est joliment écrit, rempli de réflexions intéressantes et drôles, surtout quand la troupe participe à la folie du protagoniste.
Les acteurs sont irréprochables: Sancho est remarquablement interprété par Benoit McGinnis et Quichotte est magistralement joué par Normand d’Amour. Et on peut faire les mêmes compliments aux autres artistes, d’autant qu’ils sont capables non seulement de jouer la comédie, mais aussi de danser, de chanter et de proposer de multiples acrobaties dans la tradition des arts circassiens.
Les costumes sont soignés, le décor est réussi et efficace. Un orchestre composé de trois musiciens accompagne les acteurs et actrices sur scène. Tout est fait pour offrir au public un très beau spectacle, intelligent, joyeux et distrayant. Et c’est plutôt réussi, car tous les ingrédients sont là.
Seul le début de l’intrigue gagnerait à être revu, pour mieux présenter le contexte politique et la présence de Quichotte dans le bordel. On voit le héros être passionnément écouté dans sa lecture de la Ferme des animaux d’Orwell, un texte il est vrai quelque peu politique.
Mais sa soudaine métamorphose en un fou sympathique, alors qu’il paraissait jusque-là parfaitement maitriser l’art de la pédagogie de la littérature, m’a déroutée. C’est comme s’il manquait un petit lien, une petite phrase qui justifierait la situation et permettrait de mieux apprécier le spectacle dans son entier.
Quichotte
Adaptation: Rébecca Déraspe et Frédéric Bélanger
Mise en scène: Frédéric Bélanger
Décor et accessoires: Francis Farley‑Lemieux
Costumes et coiffures: Jonathan Beaudoin
Éclairages: Chantal Labonté
Musique originale: Gustafson (Adrien Bletton et Jean‑Philippe Perras)
Chorégraphies: Yann Aspirot
Avec: Yann Aspirot, Catherine Beauchemin, Adrien Bletton, Normand D’Amour, Métushalem Dary, Guido Del Fabro, Marie-Pier Labrecque, Félix Lahaye, Marie-Andrée Lemieux, Debbie Lynch-White, Menoit McGinnis et Jean-Philippe Perras
Du 5 mai au 6 juin 2026 au Théâtre du Nouveau Monde, à Montréal





