Dans la communauté autochtone de Whitefish, rien ne va plus: les compagnies minières s’en donnent à coeur joie avec les ressources se trouvant sur le territoire, le chef en place semble frayer avec la pègre, et Polam, un jeune homme qui souhaite se lancer en politique pour changer les choses, est taraudé par une histoire familiale complexe doublée du vol d’un objet sacré.
Coécrit par Dave Jenniss et Xavier Huard, dans une mise en scène de Soleil Launière, Tupqan, jouée sur les planches de Duceppe, pourrait servir de cours d’introduction aux enjeux des Premières Nations. Transmission des savoirs, perte de la mémoire collective, enjeux territoriaux, dossiers économiques épineux, entrelacement du sacré et du profane… Les auteurs n’ont rien ménagé pour offrir un condensé de certains des problèmes auxquels sont confrontés ces peuples autochtones.
C’est dans ce contexte, donc, que Polam s’engagera à retrouver ledit objet sacré dérobé dans la communauté, un wampum, et partira du même coup à la recherche de sa soeur, partie un bon matin pour ne plus jamais donner de nouvelles. Mais le jeune homme veut-il vraiment faire la lumière sur cette disparition? Souhaite-t-il renouer avec l’aspect plus métaphysique, plus immatériel de sa culture? Ou s’est-il uniquement laissé embourber dans une quête possiblement sans issue, histoire de gagner ses élections?
Nous voilà donc à la croisée des chemins, dans un récit initiatique qui ne dit pas son nom. Et sur la grande scène de Duceppe, les acteurs se déplacent librement entre de magnifiques « îlots » de bois, parfois escortés par une mystérieuse présence aux traits quelque peu féminins. S’agit-il d’une représentation humaine de cet aspect mystique de la culture autochtone? Est-ce plutôt cette fameuse soeur disparue? Ou sommes-nous confrontés à un mélange des deux?
Rondement menée, en un peu plus de 90 minutes, cette histoire pourrait, tel que mentionné précédemment, servir d’introduction à plusieurs enjeux affectant les Premières Nations. Introduction, oui, car dans ce qui ressemble fort à une tentative de rejoindre le plus grand nombre de spectateurs, on a simplifié certains aspects de cet univers, notamment le côté religieux, justement.
Non pas que l’on ne fasse pas confiance à l’intellect du public, bien au contraire. Simplement, on insiste beaucoup pour rendre les choses claires. Y compris inclure un petit cours magistral sur ce qu’est un wampum, justement. Ou en saupoudrant parfois un peu trop d’humour, ici et là. Comme si l’on avait un peu peur de s’attaquer clairement et directement aux aspects les plus dramatiques de l’oeuvre.
Malgré tout, il est franchement agréable de non seulement avoir droit à une distribution presque entièrement composée d’Autochtones, non seulement d’aborder des enjeux particulièrement importants – et qui ont aussi un impact sur les Allochtones –, mais aussi d’entendre non pas une, mais plusieurs langues autochtones sur scène.
Bien jouée, bien présentée, Tupqan est une main tendue, une porte ouverte vers un univers théâtral et social aussi fascinant qu’essentiel. À voir, donc.
Tupqan, de Dave Jenniss et Xavier Huard, dans une mise en scène de Soleil Launière
Avec Kevin Deer, Sylvie Drapeau, Sharon Fontaine Ishpatao, Saulnia Jean-Pierre, Jeanne Moreau-Vollant, Ines Talbi, Étienne Thibeault et Alexia Vinci
Chez Duceppe, jusqu’au 4 avril





