Enfant, la chorégraphe italienne de danse contemporaine Sofia Nappi a bien sûr été bercée par le conte célèbre de Carlo Collodi. Cette marionnette de bois, obligée de bien se comporter pour devenir un vrai petit garçon, possédait aussi des aspects inquiétants. Car ce n’est pas facile de grandir dans le monde des adultes, et ça ne va pas sans quelques maladresses, parfois des réussites, mais aussi beaucoup d’échecs.
Inspirée par deux immenses chorégraphes contemporains, Ohad Naharin avec sa technique Gaga, et Hofesh Shechter (qu’on a pu admirer une semaine plus tôt sur la scène de Danse Danse), Sofia Nappi déploie son propre talent artistique à travers sept artistes (quatre hommes et trois femmes) qui improvisent les caractères de leurs personnages, mais aussi réalisent de superbes danses synchronisées.
Pupo signifie à la fois marionnette et enfant en italien. L’œuvre construite en autant de morceaux musicaux que de chapitres d’un livre, offre des chorégraphies où chacun des protagonistes explore les moindres parties de son corps, les découvre avec curiosité, expérimente leurs mouvements possibles, échoue dans cette entreprise et recommence… Les chorégraphies offrent également des rencontres avec les autres, les liens qui se tissent et se défont dans des duos ou de très belles danses collectives.
Les morceaux musicaux sont choisis de manière presque cinématographique. Des musiques folkloriques légères qui évoquent l’enfance à un nocturne de Chopin émouvant en passant par Yaron Engler Irfan ou Dead Combo, Nappi fait passer le spectateur par toutes les émotions qui concernent l’enfance, sa joie spontanée, son émerveillement devant le monde, mais aussi ses craintes et ses chagrins.
Et ce sont toutes les parties du corps des artistes qui sont mises à contribution. Comme font les enfants, les danseurs découvrent avec surprise les mouvements des phalanges de leurs doigts. Leurs bras et leurs jambes leur semblent trop longs et parfois difficiles à maitriser.
Les beaux costumes amples évoquent aussi l’enfance: les vêtements empruntés aux adultes leur servent de déguisements, comme au théâtre de la Commedia dell’arte. Et les éclairages suggèrent des moments de solitude au travers de grillages, ou l’invention de compagnons grâce aux ombres projetées.
Le ballet est extrêmement physique et les artistes, comme les enfants, sont infatigables. On entend leurs respirations fortes dans les ralentis ou de très beaux tableaux en clair-obscur qui s’immobilisent pour un temps.
Les pantins de bois se métamorphosent peu à peu, apprenant de leurs explorations et de leurs échecs. Ils revêtent parfois un masque (persona en latin) qui représente la personne, à savoir l’apparence à travers laquelle on se porte à la vision des autres. Car les pantins doivent aussi apprendre à composer pour pouvoir grandir et s’intégrer au monde qui les entoure.
Le ballet Pupo invite le spectateur à renouer avec l’enfant qui est en lui, en conservant sa joie et son émerveillement en admirant les performances exceptionnelles des danseurs et des chorégraphes de danse contemporaine.
Pupo
Sofia Nappi
Concept et chorégraphie: Sofia Nappi
Avec: Bonni Bogya, Evan Bescond, Glenda Gheller, India Guanzini, Paolo Piancastelli, Senne Reus et Sem Houmes
Assistant chorégraphe: Adriano Popolo Rubbio
Musique: Dead Combo, Yaron Engler, Irfan, Frédéric Chopin etc.
Conception sonore: Ed Mars & Sofia Nappi
Conception éclairage: Alessandro Caso
Costumes: Judith Adam
Production: Komoco, Sosta Palmizi.
Danse Danse
Pupo, du 11 au 15 novembre 2025 à la Cinquième Salle de la Place des Arts à Montréal





