Avec la nomination d’un nouveau gouvernement, à Québec, viennent aussi les analyses sur la place des femmes dans les sphères du pouvoir, en premier lieu le conseil des ministres. Et pour le Groupe femmes, politique et démocratie (GFPD), il est grand temps de prendre le taureau par les cornes et d’enchâsser la parité, une bonne fois pour toutes.
En entrevue avec Pieuvre, la directrice générale de l’organisation, Véronique Caron, reconnaît d’emblée que le gouvernement de Paul St-Pierre Plamondon a tout de même confié plusieurs ministères importants à des femmes, notamment la Santé, l’Immigration, les Ressources naturelles, ou encore la Justice. Elle soutient cependant qu’il reste encore beaucoup de travail à faire pour que les femmes trouvent la place qui leur revient en politique.
« Justin Trudeau avait atteint la parité, en 2015; ça avait été un très bon coup de pub. […] Mais avant lui, au Québec, le premier à établir que l’égalité, dans les lieux de pouvoir, était quelque chose d’important, et d’en avoir fait plus qu’un exercice cosmétique, c’était Jean Charest, en 2007, avec un tiers de députées, et 50% de ministres femmes. François Legault a aussi atteint la parité ministérielle, en 2018, avec 48% de femmes députées et 50% de femmes ministres », a-t-elle déclaré.
Selon Mme Caron, il existe ainsi une différence entre la parité, au conseil des ministres, et la « zone paritaire pour les candidates aux élections, soit entre 45 et 55% de femmes ». Et il est tout à fait possible d’atteindre cet objectif, croit-elle. « Les partis ont presque tous prouvé qu’ils arrivaient à présenter autant de candidates. »
Une fois la victoire électorale acquise, il y a alors « toute la latitude requise » pour nommer 50% de femmes ministres, réitère Véronique Caron. D’autant plus, dit-elle, qu’il existe déjà une loi, au Québec, qui stipule que dans les entreprises d’État, les conseils d’administration doivent atteindre la parité entre les hommes et les femmes. Pourquoi, alors, ne pas étendre cette loi au gouvernement au pouvoir, voire à tous les partis politiques?
On ne veut pas la parité pour la parité; on veut la parité, parce que c’est intelligent.
-Véronique Caron, directrice générale du GFPD
Ainsi, pour Mme Caron, la parité « permet de prendre de meilleures décisions, en tenant mieux compte des parties prenantes, en gérant mieux les risques ».
« Il est prouvé que la gouvernance est améliorée grâce à la parité; oui, à la base, c’est une question de justice et de représentativité, mais aussi, parce que cela permet d’améliorer la qualité démocratique, la qualité des décisions », ajoute-t-elle.
Mieux encore, poursuit Mme Caron, il aurait récemment été prouvé, dans une étude, que la performance des hommes serait plus importante dans un contexte de parité, « parce qu’ils génèrent plus d’idées, puisqu’ils sont moins rapidement satisfaits de leurs propositions et vont plus loin ».
Aux yeux de la directrice générale du GFPD, la volonté du gouvernement St-Pierre Plamondon, qui, affirme le premier ministre, consiste notamment à faire « rayonner les valeurs d’égalité » du Québec, impose un constat: « Il ne devrait pas être difficile, dans ce contexte, d’atteindre l’égalité à ce moment-là, si ce n’est pas un geste purement cosmétique. »
« À 40% de femmes et 60% d’hommes (au sein du conseil des ministres du nouveau gouvernement, NDLR), le danger, c’est que le 40% deviennent un objectif, et qu’on s’en contente. Et 60%, c’est une fois et demie plus que 40%. C’est 50% plus de voix que l’autre groupe », rappelle Mme Caron.

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La « compétence », un argument sexiste?
Il suffit que l’on évoque la nécessité d’atteindre une parité entre les hommes et les femmes, au sein d’une organisation – et encore plus dans un groupe aussi important que le conseil des ministres –, pour que ressurgisse l’argument fallacieux voulant qu’il faille choisir des dirigeants selon leurs compétences, plutôt que selon leur genre.
Cette idée vétuste fait d’ailleurs vivement réagir Véronique Caron: « De toute façon, ce n’est pas tout noir ou tout blanc; on n’est pas soit compétent, soit incompétent. Les députés ont tous un bagage d’expérience; ils ont des forces dans différents domaines. Ils ont des compétences, et on leur assigne idéalement des tâches en fonction de celles-ci. C’est un peu drôle de penser de manière binaire. »
Pour les nouveaux venus au gouvernement, tout le monde est incompétent dans son rôle de député, ou dans son rôle de ministre. C’est quelque chose qui s’apprend.
-Véronique Caron
Mais malgré tous les arguments en faveur de la parité, et les preuves de l’efficacité de ce système, on a l’impression que le travail pour l’égalité est constamment à recommencer. Qu’est-ce qui explique ce surplace?
« C’est une bonne question! », répond Mme Caron.
« Ce n’est pas uniquement parce qu’il y a du sexisme ou de la misogynie dans la société québécoise. Mais on le voit que ça coince. Les gens ont toujours des réactions très vives par rapport à ce sujet, comme s’il fallait choisir entre la compétence et la parité. Je pense que les femmes n’aiment pas non plus les questions de quotas. Pourtant, on parle toujours de favoriser des femmes (ou d’autres groupes sous-représentés), mais à compétence égale! »
Une loi pour rendre la parité obligatoire
Pour s’assurer que les femmes continuent d’être représentées de façon égalitaire dans la sphère politique, le Groupe femmes, politique et démocratie propose rien de moins qu’un changement à la loi électorale qui obligerait toutes les formations politiques à atteindre la parité dans leurs candidatures en vue d’un prochain scrutin.
Et en cas de victoire, le parti porté au pouvoir devrait obligatoirement nommer un minimum de 50% de femmes ministres.
« Nous voulons que cela fasse partie du jeu démocratique », mentionne Mme Caron.
Ainsi, le statut de parti officiel serait tributaire du respect de cette règle égalitaire. En cas de non respect de la règle, « impossible de se présenter aux élections ».
Se battre contre une fausse impression
En attendant un changement éventuel à la loi électorale qui enchâsserait l’égalité dans la vie politique, Véronique Caron soutient que l’un des principaux obstacles à la cause égalitaire est en fait… « l’idée que l’égalité est déjà atteinte, au Québec ».
« C’est comme si l’égalité de principe était jugée comme étant acquise, et que cela nous heurte de penser que cela n’est pas le cas… Nous avons de la difficulté à croire que nous ne sommes pas des égaux. Mais les gens pensent que oui », dit-elle.
« Pourtant, si l’on regarde les enjeux liés au salaire, aux actes violents, au partage des responsabilités dans le couple… La parité, l’égalité, ça se mesure. Ce n’est pas une appréciation. Et ce n’est pas atteint » au Québec.
Toujours au dire de Mme Caron, « les personnes qui ont le pouvoir ne veulent pas se dire qu’ils sont en train de discriminer; il y a toujours ce discours selon lequel ils aiment leurs soeurs, leurs mères… On n’aime pas se penser non égalitaires, en fait ».
« Mais nous reproduisons des schémas, on se regroupe avec des gens qui nous ressemblent. Tout le monde a ses biais; il y a même des biais favorables envers les hommes et leur crédibilité… même chez les femmes! »
Comme l’indique encore la directrice générale du GFPD, « nous sommes dans des cycles d’avancées et de reculs… ce n’est pas linéaire ».
Parviendra-t-on, un jour, à une véritable égalité hommes-femmes à l’Assemblée nationale? La balle est définitivement dans le camp des formations politiques. D’ici-là, il est clair que le Groupe femmes, politique et démocratie et d’autres organisations similaires continueront de militer, bon an, mal an, pour que la moitié de la population du Québec soit adéquatement représentée dans ses lieux de pouvoir.





