Faisant office d’un phare dans la nuit à la jeunesse en quête de repères, on n’aurait pu rêver d’un meilleur film que Paradis de Jérémy Comte pour ouvrir la 32e édition du Festival de films CINEMANIA, mercredi soir au Monument-National.
Lors de l’événement dirigé avec rythme par la maîtresse de cérémonie Catherine Beauchamp, les dialogues inspirés se sont succédés.
Guilhem Caillard, grand manitou du festival en tant que directeur général et artistique, a mis de l’avant à la fois la richesse de l’édition 2026, la place faites aux femmes ainsi que sa gratitude pour le public qui répond toujours présent en grand nombre à cet événement qui se veut toujours plus pertinent et important d’année en année.
C’est toutefois Elisabeth Degryse, ministre-présidente de la Fédération Wallonie-Bruxelles, présente pour le pays à l’honneur de cette année, soit la Belgique francophone, qui a épaté l’auditoire avec son discours aussi amusant que réfléchi, évoquant sans mal les Schtroumpfs, un de leur plus grand emblème. L’exposition Schtroumpfmania leur étant dédié est présentement disponible gratuitement à la Cinémathèque québécoise pendant toute la durée du festival.
Le tout a culminé avec le Prix CINEMANIA pour contribution exceptionnelle au cinéma, remis cette année à la légende qu’est Jean-Pierre Jeunet.
Lors du discours de ce dernier, si la demande d’apprivoiser l’intelligence artificielle avec précaution a semblé un brin déconnectée, son amour du bricolage et de la création, son rappel du Québec qu’il avait mis à l’honneur lors du tournage de The Young and Prodigious T.S. Spivet et son encouragement à la jeunesse de suivre les pas de ceux qui les précèdent ont représenté le tremplin nécessaire pour lancer le bal et mener au film d’ouverture.
Paradis: la cité des enfants perdus
Être nommé aux Oscars, ça ne change pas le monde sauf que… Il ne s’agit toutefois pas d’un coup de chance pour quiconque aura vu l’épatant court-métrage Fauve du très talentueux Jérémy Comte, qui était en compétition en 2019 aux Oscars contre un autre prétendant québécois, une rareté. Et si tout lui aurait été permis pour son passage au long-métrage, il ne s’est certainement pas lancé dans une tâche facile.
Menant à terme un ambitieux projet découlant d’un travail de près de 10 ans, il joint son écriture à celle de Will Niava. Paradis est ainsi à l’image de cette écriture à quatre mains en alternant deux réalités, deux mondes et deux points de vue.

D’un côté, il y a le Ghana, via Kojo, et de l’autre, Tony, au Québec. Dans une heure et demie très concise, leurs destins deviendront intrinsèquement liés et très précis, sauf pour l’avenir, via trois parties d’une riche poésie qui ne sera pas sans évoquer les tendances déchirantes et crève-cœurs du cinéaste.
Les sublimes images d’Olivier Gossot cadrent à merveille la détresse et les couleurs, et s’avèrent capables d’isoler les uns et les autres dans des environnements a priori peu inspirants, alors que les très belles compositions musicales de Valentin Hadjadj aident grandement à faire émerger la beauté dans ces cauchemars pour la plupart éveillés.

En accord avec la narration, et que nous soyons bien ancrés dans les mécanismes de survie de notre sombre réalité, il vaut peut-être mieux voir le film comme un conte pour l’apprécier à sa juste valeur.

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De fait, malgré le désir de réalisme clairement affiché et les recherches de l’équipe, alors que l’on s’inspire des expériences personnelles des deux scénaristes, les fils blancs sont souvent très tendus et les revirements chocs ne marqueront pas de par leur crédibilité.

S’il est important de ne pas se gâcher les surprises de l’histoire, et que l’ensemble se savoure comme une expérience, il ne faut pas non plus trop réfléchir aux tenants et aboutissants de l’entreprise.
Si les jeunes se tirent bien d’affaire avec le matériel dont ils disposent, c’est la vulnérabilité de la toujours excellente, mais trop rare Evelyne de la Chenelière qui se montrera la plus marquante.

Par son côté didactique, la proposition pourtant poignante ne se montrera pas la plus riche en émotions, bien que celles-ci seront plus que palpables à l’écran.
Et si l’on tracera avec délicatesse les zones de gris pour bien montrer que la réalité des uns peut rapidement détruire les méfiances des autres, on ressentira tout de même une certaine amertume face à cette manière un peu nord-américaine de victimiser davantage les Blancs.

Il n’en demeure pas moins qu’une balade aux allures inquiétantes en route vers un poste de police est l’un des coups de génie du film, même si cette ambiance est gâchée peu de temps après.
Paradis foudroie par son approche très cinématographique, où l’on sait multiplier les possibilités artistiques. De quoi vouloir surveiller de très près les prochains projets de Jérémy Comte, une fois qu’il se donnera davantage de marge de manoeuvre.

7/10
Paradis a été vu dans le cadre de la 32e édition du Festival CINEMANIA. Sa sortie en salle via Entract Films est prévue pour l’an prochain.





