Disponible depuis peu en DVD, la mini-série DTF St. Louis, scénarisée et réalisée par Steve Conrad, parvient à transformer un thriller criminel atypique en une étude de la nature humaine à la fois drôle, dérangeante, triste et incroyablement humaine.
Présentateur météo pour la chaîne locale de télévision WTGK, Clark Forrest, un homme charismatique à qui le succès semble sourire, mène une existence relativement confortable à Twyla, une banlieue paisible de Saint-Louis dans le Midwest américain. Alors qu’il est affecté à la couverture d’une tempête, il est appelé à collaborer avec Floyd Smernitch, un interprète en langue des signes américaine. Rapidement, les deux hommes se lient d’une amitié sincère et profonde. Ils partagent des activités quotidiennes, discutent de leurs problèmes personnels, et trouvent dans leur relation une complicité leur faisant défaut dans leurs vies respectives.
Même s’ils aiment et apprécient leurs conjointes, les deux hommes ont en commun de souffrir de la perte de désir au sein de leurs couples, résultant en une sexualité pratiquement inexistante. Un jour, Clark tombe sur DTF St. Louis, une application de rencontres destinée aux personnes mariées à la recherche de relations extraconjugales discrètes. Il partage sa découverte avec son ami, et les deux hommes, qui rêvent de remettre un peu de piquant dans leur vie, s’y inscrivent, mais lorsque le cadavre de Floyd est retrouvé dans des circonstances suspectes peu de temps après, la police mettra à jour un bien étrange triangle amoureux.

Bien que le fil conducteur de DTF St. Louis soit une enquête policière, ceux qui cherchent un « whodunnit » classique risquent d’être déçus par la conclusion anticlimatique de la série. À mi-chemin entre le polar, la comédie grinçante et le drame de mœurs intimiste, l’intrigue utilise la relation entre Clark et Floyd pour tisser une réflexion profonde sur la solitude, l’amitié masculine, les frustrations conjugales et le malaise existentiel à l’approche de la cinquantaine, et ce qui s’annonce de prime abord comme une histoire de meurtre se transforme en une exploration de la complexité humaine dans laquelle les notions de culpabilité, de désir et de responsabilité se révèlent beaucoup moins simples qu’elles ne le paraissent.
DTF St. Louis refuse les conventions habituelles du thriller, et au lieu de présenter une succession de révélations destinées à maintenir le suspense, la série préfère développer ses personnages. Les événements sont présentés de manière non linéaire, à travers différents témoignages et allers-retours dans le temps, et le spectateur doit constamment réévaluer sa compréhension des relations entre les protagonistes. Le scénario de Steve Conrad se distingue par un humour atypique. Les situations sexuelles embarrassantes, les préoccupations physiques et les comportements socialement inappropriés produisent un effet comique qui repose souvent sur le décalage entre la gravité des circonstances et la banalité des réactions.

En plus de l’écriture, Steve Conrad assume aussi la réalisation de la série, et il privilégie une esthétique relativement naturaliste. Les environnements sont familiers, les décors rarement spectaculaires et les situations semblent souvent appartenir à une chronique de la vie quotidienne, un choix parfaitement adapté au ton de l’intrigue. En évitant les artifices visuels, DTF St. Louis permet à ses personnages et aux dialogues d’occuper tout l’espace. La mise en scène sait également exploiter les lieux ordinaires pour créer un sentiment de malaise. Une conversation anodine dans un restaurant, une activité entre amis ou une rencontre dans un environnement familial peuvent soudainement prendre une dimension inquiétante.
Avec ses personnages complexes et profondément humains, DTF St. Louis offre des rôles de rêve pour ses acteurs. David Harbour se distingue en Floyd. Il lui prête une douceur et un besoin d’affection qui rendent son mal-être crédible, sans jamais le transformer en caricature. En contrepartie, Jason Bateman exploite efficacement le registre de l’homme ordinaire dont la vie est en train de déraper inexorablement. Richard Jenkins et Joy Sunday forment un duo d’enquêteurs intéressant, notamment parce que leurs tempéraments et leurs façons d’aborder l’affaire diffèrent du tout au tout avec, d’un côté, un vieux limier dépassé par les événements, et de l’autre une jeune enquêtrice bien au fait des mœurs de son époque.

Le coffret DTF St. Louis contient les sept épisodes, oscillant entre cinquante et soixante minutes chacun, sur deux disques au format DVD. On ne retrouve par contre pas de code donnant accès à une copie numérique, ni aucune forme de matériel supplémentaire sur l’édition, ce qui est plutôt dommage. Il aurait été intéressant d’entendre le créateur de cette série hors norme aborder les sources de son inspiration ainsi que sa démarche artistique, ou les comédiens principaux parler de ce qui les a attirés dans ces personnages complexes, ou des défis rencontrés pour les interpréter de manière crédible.
Portée par des acteurs au sommet de leur art et un scénariste doué pour décrire la solitude masculine, DTF St. Louis est une mini-série singulière, drôle et mélancolique, qui réussit à rendre à la fois comique et touchant le désordre intime de gens qui, vus de loin, semblent mener une vie parfaitement normale.
7.5/10
DTF St. Louis
Réalisation et scénario: Steve Conrad
Avec: Jason Bateman, David Harbour, Linda Cardellini, Richard Jenkins, Joy Sunday, Arlan Ruf et Peter Sarsgaard
Durée: 350 minutes
Format : DVD (2 disques)
Langue : Anglais seulement





