Ce n’est pas qu’aux États-Unis, ou au Canada, que l’on croit que TikTok, Facebook, Instagram et autres X sont une menace pour les institutions démocratiques; selon une vaste enquête du Pew Research Center menée dans près d’une quarantaine de pays, les inquiétudes à propos de l’impact de ces plateformes sur notre système de gouvernement ont fortement augmenté depuis quelques années.
Le vaste coup de sonde, qui a été réalisé autant dans des nations occidentales industrialisées, comme la France et le Japon, ou encore dans des pays en développement, comme le Kenya et le Bangladesh, témoigne d’une tendance de fond: les médias sociaux inquiètent, même si cette peur est plus répandue dans les pays plus riches.
Ainsi, aux États-Unis, environ les deux tiers des répondants estiment que les médias sociaux « sont davantage une mauvaise chose pour la démocratie ». Du côté des Pays-Bas, cette proportion passe à 70%, contre 65% en France, ou encore 61% en Allemagne.
Dans ces trois cas, d’ailleurs, l’augmentation des avis défavorables est fulgurante: en seulement quatre ans, la perception négative de l’influence des plateformes sur la démocratie a bondi d’une vingtaine de points. Idem en Indonésie (43% d’avis négatifs), ce qui prouve que cette tendance n’est pas limitée aux pays occidentaux et industrialisés.
Les habitants de ce pays d’Asie sont d’ailleurs aussi nombreux à décrier l’impact des plateformes, proportionnellement parlant, qu’au Chili, ou encore en Grèce.
Chez nous, la tendance est légèrement moins forte, mais la proportion de Canadiens jugeant que les médias sociaux sont nocifs pour la démocratie est passée à 55%, un gain de huit points de pourcentage en quatre ans.
Dans les pays riches, on trouve toutefois deux exceptions: Israël (seulement 22% d’avis négatifs), et Singapour (là aussi, 22% d’avis négatifs).
Un bilan mitigé
Dans l’ensemble, un peu plus de la majorité des répondants (55%) estiment que l’impact des plateformes numériques sur la démocratie a ultimement été positif.
Cependant, si les trois quarts des sondés jugent que ces réseaux aident à être mieux informés, et que les deux tiers des personnes interrogées affirment qu’ils permettent aussi de se faire entendre dans la sphère politique, 8 personnes sur 10 jugent que ces plateformes sont aussi un endroit « où il est facile de manipuler l’opinion publique avec de fausses informations et des rumeurs ».
De plus, les deux tiers des participants croient que ces espaces numériques alimentent les divisions politiques.
Cette perception d’une division plus importante est d’ailleurs très largement répandue au sein des habitants des pays sondés: cette vision des choses est ainsi partagée par 79% des Polonais, 82% des Allemands, 69% des Français, 81% des Américains…
Toujours selon le Pew Research Center, il existe, sans surprise, un fossé générationnel, en ce qui concerne la perception des médias sociaux; ainsi, dans tous les pays sondés, les 18 à 34 ans sont proportionnellement plus nombreux à juger que ces plateformes ont un effet positif.
Et la différence avec les autres tranches d’âge est parfois flagrante: au Royaume-Uni, 60% des 18 à 34 ans ont un avis positif des impacts des médias sociaux, contre 31% des 50 ans et plus.
En Argentine, la situation est différente: si 60% des plus jeunes ont là aussi une vision positif des retombées des médias sociaux, 57% des 35 à 49 ans partagent leur avis, tout comme 51% des 50 ans et plus.
Malgré tout, la forte proportion de gens s’inquiétant des effets des différentes plateformes numériques sur la démocratie pourrait expliquer la volonté, constatée dans plusieurs pays, de restreindre l’accès à ces services, notamment chez les plus jeunes.





