Pour une raison obscure, il était impossible de se procurer Wag the Dog depuis de nombreuses années, mais à la veille du 30e anniversaire de sa sortie, les studios Warner ont enfin décidé de rééditer ce chef-d’œuvre de satire politique signé Barry Levinson.
En pleine élection présidentielle, à 11 jours à peine du vote, le président des États-Unis est impliqué dans un scandale sexuel avec une mineure qui pourrait bien anéantir son avance de 17 points dans les sondages et lui coûter son deuxième mandat.
Alors que l’affaire est sur le point d’éclater publiquement, son équipe fait appel à Conrad Brean, un spécialiste de la gestion de crises politiques surnommé « Monsieur Fix-It ». Celui-ci comprend rapidement qu’une simple opération de relations publiques ne suffira pas à faire disparaître le scandale. Il décide donc de créer un événement suffisamment spectaculaire pour détourner l’attention des médias et de la population: une guerre fictive, montée de toutes pièces, contre l’Albanie. Pour donner vie à cette opération, il fait appel à Stanley Motss, un producteur hollywoodien exubérant et narcissique, qui accepte de mettre son savoir-faire au service du gouvernement afin de fabriquer un conflit militaire entièrement imaginaire.

Fable cynique et dérangeante traitant de la collusion entre l’industrie du divertissement et le pouvoir, de la mise en marché des candidats électoraux et du contrôle des masses, Wag the Dog ne se contente pas de dénoncer le mensonge politique avec beaucoup d’humour, mais dépeint surtout la manière dont il est élaboré. Le film montre une chaîne de production où les employés du gouvernement, les publicitaires, les artistes et les médias fabriquent un récit commun.

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Avec des images fortes, une victime émouvante, une musique mémorable et une formule facile à reprendre, la guerre devient ici un spectacle façonné pour les caméras. Paru à peine un mois avant que n’éclate l’affaire Monica Lewinsky et que Bill Clinton n’ordonne des frappes de missiles des bases d’Al-Qaïda en Afghanistan et d’une usine pharmaceutique au Soudan, le long-métrage avait déjà des allures prémonitoires à l’époque, mais il est encore plus pertinent aujourd’hui, à l’ère de l’Internet, alors que les méthodes de manipulation et de désinformation sont mille fois plus sophistiquées qu’en 1997.
Barry Levinson adopte une réalisation relativement discrète dans Wag the Dog, privilégiant les interactions entre les personnages plutôt que les effets visuels spectaculaires. Le choix de ne jamais montrer clairement le président, qui devient moins un personnages qu’une présence médiatique, est particulièrement judicieux.
Cette absence renforce l’idée que l’image peut être construite sans que le public ne connaisse véritablement celui qu’elle représente. Robert De Niro joue Conrad Brean avec une sobriété froide, et une retenue le rendant inquiétant.
À l’inverse, Dustin Hoffman fait de Stanley Motss une figure flamboyante et comique en manque de reconnaissance. Il donne au film une énergie presque burlesque, tandis que De Niro en constitue le contrepoids. Le reste de la distribution est également impressionnant, avec la participation d’Anne Heche, de Woody Harrelson, de Denis Leary, de William H. Macy et même du chanteur country Willie Nelson.

L’édition haute définition comprend le film sur un disque Blu-ray, mais pas de code pour télécharger une copie numérique. Du côté du matériel supplémentaire, on a droit à une piste de commentaires livrée par Dustin Hoffman et le réalisateur, ainsi qu’à la bande annonce officielle.
Deux revuettes se trouvent aussi au menu. D’une durée de presque trente minutes, la première présente des entrevues avec Barry Levinson, la productrice Jane Rosenthal et les cinéastes John Frankenheimer (The Manchurian Candidate) et Chris Hedegus (The War Room) qui discutent des long-métrages politiques hollywoodiens comme Network ou A Face in the Crowd, et de la difficulté de faire produire de tels œuvres par les studios.
Dans la seconde, l’acteur William H Macy aborde sa relation avec David Mamet, évoquant son talent d’auteur, sa grande influence au théâtre comme au cinéma, et son apport au scénario de Wag the Dog.
Wag the Dog est un film intelligent, drôle, et aussi puissant aujourd’hui qu’au moment de sa sortie en 1997. Il s’agit d’une œuvre incontournable pour tous les amateurs de satire politique, mais également d’une réflexion pertinente sur le pouvoir des médias et la fragilité de la vérité dans nos sociétés modernes.
8/10
Wag the Dog
Vous pouvez vous procurer le film en cliquant ici.
Réalisation: Barry Levinson
Scénario: Hilary Henkin et David Mamet (d’après le livre American Hero de Larry Beinhart)
Avec: Dustin Hoffman, Robert De Niro, Anne Heche, Woody Harrelson, Denis Leary, Kirsten Dunst et Willie Nelson
Durée: 97 minutes
Format : Blu-ray
Langue : Anglais seulement





