Comment comprendre l’intelligence artificielle? Nous ne sommes plus dans 2001: L’Odyssée de l’espace, ni même Terminator. Pas de trace, ici, d’un ordinateur central qui se met à tuer des humains, voire à vouloir efface notre espèce dans son ensemble. Non, l’intelligence artificielle contemporaine, un terme pompeux désignant une série de logiciels habituellement basés sur des quantités énormes de données, est à la fois plus et moins que ça. Et une pièce présentée au Théâtre Outremont tente de nous aider à y voir plus clair.
Créée par Annie Roy, La Ferme, ou comment nourrir un futur intelligent tente d’accomplir l’impossible: résumer, en 60 minutes tapantes, non seulement ce qu’est l’IA, mais aussi les (nombreux) enjeux qui y sont liés. Pompage de données, problèmes environnementaux, détournement de notre libre arbitre par la droite, utilisation de l’IA et des algorithmes pour favoriser la dissension… Tout y est.
Ou presque. Car il est bien sûr impossible de tout expliquer, de tout faire comprendre. Encore moins en une heure! Mais à l’aide d’une pléthore d’extraits d’entrevues avec des experts, des archives vidéos et visuelles, Mme Roy, aidée de la comédienne Geneviève Rochette, sont certainement en mesure de proposer une version sensiblement abrégée de ce dossier aussi complexe que délicat, certes, mais une version qui n’en est pas moins complète, compte tenu des restrictions.
Et puis, bien franchement, qui voudrait d’un grand exposé de 20 heures sur l’intelligence artificielle?
Là où les choses coincent un peu, cependant, c’est que si le théâtre documentaire est par définition scolaire, en quelque sorte, avec des explications factuelles et un petit côté cours magistral, ici, nous sommes peut-être trop dans l’enseignement devant la classe, en fait.

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Entre la répétition de définitions affichées à l’écran, les trop nombreuses séquences d’entrevues avec des spécialistes, et une certaine volonté de fournir le plus d’informations possible, on perd en partie ce qui fait du théâtre… une pièce de théâtre, justement. On ne se glisse pas vraiment dans la peau de différents personnages, on ne nous propose pas de structure dramatique – au-delà de certaines dénonciations et autres appels à l’action (qui ont tout à fait leur placte), etc.
Peut-être faut-il imputer tout cela au fait que l’intelligence artificielle est impersonnelle, lointaine, détachée de notre réalité quotidienne. Après tout, Gemini, Siri, Copilot et les autres ne sont que des lignes de code, pas des gens qui participent à construire des barrages, pas des producteurs laitiers, encore moins des Franco-Canadiens confrontés à la subtile discrimination linguistique québécoise…
La Ferme, ou comment nourrir un futur intelligent demeure une oeuvre intéressante et bien présentée, et qui est surtout nécessaire, si l’on se sent largué(e) par toutes ces histoires mêlant fascisme technologique, craintes environnementales, peurs démocratiques et toutes ces foutues publicités aussi laides les unes que les autres…
Après son passage au Théâtre Outremont, la pièce s’arrête au Centre communautaire d’Anjou, le 12 novembre prochain.





