Malgré la facture somme toute classique d’un récit condamné, mais inspirant, Elsinore, basé sur une histoire vraie, saura sans mal nous transporter dans son bouleversant torrent d’émotions.
L’Elsinore du titre, c’est l’un des lieux marquants de la pièce Hamlet de Shakespeare, en plus d’un clin d’oeil amusant à même le film que nous ne dévoilerons pas dans ce texte.
Le Hamlet de la pièce, c’est aussi le Saint Graal de presque tous les acteurs qui aspirent à la gloire. Ce sera aussi le double de l’acteur Ian Charleson, dont la mise en abyme s’avérera des plus judicieuses au fur et à mesure que nous avancerons dans son combat contre le SIDA.
Comme quoi le réalisateur Simon Stone, qui semble avoir finalement réalisé son meilleur film après des productions au succès décevant, et le scénariste Stephen Beresford, habitué de ce genre de films mêlant le genre biographique à l’histoire avec un grand H, ont trouvé un nouveau filon à exploiter, avec ce classique qu’on croyait déjà avoir été adapté à toutes les sauces.

Charleson est donc hanté à plusieurs niveaux. Que ce soit par la gloire qu’il a connu avec Chariot of Fire, mais qui n’a jamais eu la suite escomptée, son combat contre le SIDA qui entrecroise celui de ses proches, son désir d’être à la hauteur que le rôle qu’il s’apprête à interpréter exige, sa volonté de demeurer dans le placard pour aspirer à une carrière plus grandiloquente et on en passe.
Rien qui n’est à l’abri du brillant acteur Andrew Scott, également producteur du film et accusant une ressemblance certaine avec celui qu’il interprète en plus d’être bien familier avec le personnage de Hamlet qu’il a interprété à plusieurs reprises, dans une nouvelle performance aussi délicate qu’éblouissante.
De quoi rappeler All of Us Strangers de Andrew Haigh, qui parlait aussi de fantômes, à sa façon. Et ce, en plus de bénéficier de retrouvailles inattendues de l’inoubliable série Fleabag avec la grande Olivia Colman, aussi royalement imposante qu’à ses habitudes.
Cette dernière interprète avec la force qu’on lui connaît Margaret Johnson, qui a joué un rôle clé dans les avancées pour la guérison du SIDA.

La distribution jouit de nuances et de subtilités où tous parviennent à briller dans des rôles d’importance différente, incluant Billie Piper. Georgie Glen et Peter Mullan, dans le rôle des parents, feront aussi forte impression.
Si les enjeux sont toujours très clairs, la feuille de route demeure toutefois gigantesque, ce qui s’avérera un peu décevant ici et là, alors qu’on passera aussi rapidement sur certains éléments. On pensera par exemple à tout ce qui touche Georgie Randall, un ancien amant.
À travers une direction photo humaine quoiqu’un peu monotone de Mike Eley, à l’image des automnes londoniens, et d’un montage sans temps mort de Valerio Bonelli, on résume souvent bien des séquences par le biais des compositions émotives de Stefan Gregory.

Il n’en demeure pas moins que tout est construit dans le but de sa bouleversante et inspirante finale et celle-ci touche gracieusement sa cible.
Elsinore est un film classique qui raconte à sa manière ces récits bien connus et multiples de courage, de persévérance et de détermination, tout en gardant, comme Shakespeare savait si bien le faire, son essence si bien ancrée dans notre propre confrontation avec notre mortalité. Comme son protagoniste, difficile d’en sortir indemne.
7/10
Elsinore prend l’affiche en salle le vendredi 20 novembre.





