Voilà longtemps que les femmes s’impliquent en politique québécoise: cela ne fait-il pas déjà une soixantaine d’années, après tout, qu’une première femme a été élue ministre? Mais les chiffres ne mentent pas: elles demeurent moins nombreuses à siéger à l’Assemblée nationale et sont proportionnellement plus nombreuses à quitter la politique. Que se passe-t-il?
À l’aide d’une série d’entretiens avec d’anciennes politiciennes, l’auteur Alexandre Dumas a tenté, dans L’exode politique des femmes, publié chez Somme toute, de tracer un portrait détaillé de cette situation.
On pourrait penser, en fait, que cet exode – qui se double, à la base, d’une moins grande participation des femmes à la vie publique – s’explique aisément par le sexisme, qui demeure malheureusement inhérent à la politique, par le manque de conciliation travail-famille, par la violence dont les élus font l’objet, etc.
Et oui, il est possible d’affirmer que chacune de ces raisons (et plusieurs autres) sont responsables, du moins en partie, de ce que l’on peut bel et bien qualifier d’exode des femmes politiciennes.
Ce que M. Dumas démontre toutefois à grand renfort d’entrevues, c’est que la vie politique est une représentation de la société elle-même, avec son système avantageant depuis longtemps le genre masculin. Devant une institution ayant longtemps été la chasse gardée des hommes, doit-on se surprendre de constater qu’elle est mal adaptée pour les femmes. Ou, en fait, qu’elle est mal adaptée pour toute personne n’étant pas un homme d’un certain âge, dont les enfants ont quitté le nid – ou qui sont pris en charge par la mère –, et qui démontre ce mélange typique d’ambition légèrement excessive et de confiance typiquement masculine?

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Le portrait est bigarré, certes, et M. Dumas ne se prive pas de mettre de l’avant différents points de vue, y compris d’ex-députées qui affirment n’avoir jamais été victimes de sexisme, ou encore qui ont « simplement » quitté le milieu parce qu’elles approchaient de l’âge de la retraite, mais dans l’ensemble, le verdict est clair: il est plus que temps de réformer nos institutions.
Non seulement des changements sont-ils essentiels pour assurer une grande participation des femmes dans la vie politique, mais il est aussi urgent de transformer le fonctionnement même du travail d’élu pour lutter contre le cynisme et combattre cette impression que la classe politique s’auto-alimente et que toutes les procédures lourdes et codifiées, y compris la joute oratoire qu’est la période des questions, servent surtout à assurer le maintien des institutions (et du pouvoir de ceux qui y siègent), plutôt que de régler vraiment les nombreux problèmes qui affligent notre société.
L’exercice est peut-être légèrement fastidieux, avec toutes ces nuances qui sapent les espoirs de ceux et celles qui voudraient y trouver un brûlot contre la politique telle qu’elle est pratiquée au Québec, mais Alexandre Dumas propose, avec L’exode politique des femmes, une feuille de route pour améliorer nos institutions, favoriser le vivre ensemble et se permettre, le temps d’un instant, de rêver d’un monde meilleur.
L’exode politique des femmes, d’Alexandre Dumas, publié aux éditions Somme toute, 192 pages





