L’histoire se répète; pour le savoir, il n’y a qu’à observer la pratique du vélo dans les grandes villes du monde, y compris à Montréal. Depuis l’apparition des premiers vélocipèdes, au milieu du 19e siècle, aux Bixis, la question des infrastructures et du partage de la route a dominé les débats publics sur ce mode de transport alternatif. Et dans un récent ouvrage publié chez Boréal, l’auteur Simon Lord en fait une excellente démonstration.
« Les rues sont en mauvais état »; « les vélos n’ont pas leur place aux côtés des autres véhicules »; « les cyclistes ne respectent pas le Code de la route »; « les cyclistes mettent les autres usagers de la route en danger »… On pouvait déjà, lit-on dans la Petite histoire du vélo à Montréal, entendre ces remontrances avant même le début du 20e siècle, alors que les principaux enjeux, pour les cyclistes, étaient les tramways (et leurs rails) et le crottin des chevaux tirant les calèches, entre autres obstacles.
Et pourtant, nous rappelle-t-on, le vélo a persévéré. Avec ses périodes de grâce et de disette, en passant d’abord d’un engin pour riches à un véhicule utilitaire (et plus sécuritaire), entre autres conçus pour les livraisons et pour se déplacer de chez soi vers son lieu de travail, et retour.
En fonction de divers événements sur la scène internationale, notamment le développement de technologies liées au diverses pièces de cette petite reine, mais aussi la Deuxième Guerre mondiale, par exemple, qui force bien des gens à délaisser des automobiles chères et assoiffées d’un pétrole réservé à l’effort militaire, la pratique du vélo aura ses hauts et ses bas.
Il y aura aussi, à travers les époques, plusieurs mouvements pour restreindre l’utilisation du vélo, y compris une profonde transformation sociale menant à l’idée, heureusement aujourd’hui déboulonnée, que la bicyclette n’est qu’un jouet destiné aux enfants. Sans parler de l’immatriculation obligatoire, ou encore la velléité d’interdire le vélo d’hiver… en raison de la difficulté préexistante, pour les voitures, de circuler à la saison froide sans se retrouver dans un banc de neige, ou encore dans l’auto du voisin.

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Défigurer la ville
Le passage le plus lunaire du recueil historique de M. Lord est toutefois cette longue période, surnommée les Trente glorieuses, où la volonté de développement économique, dans la métropole, et la multiplication des voitures, ont mené à la construction d’immenses projets routiers et autoroutiers… Et à la destruction et à l’enclavement de nombreux quartiers.
Si nous vivons toujours avec les conséquences, entre autres sur la pratique du vélo, de plusieurs de ces grands projets, comme l’autoroute métropolitaine, Décarie, ou encore l’autoroute Ville-Marie, nous avons échappé au pire. Qu’aurions-nous fait, en effet, avec une autoroute à 16 voies traversant le Vieux-Montréal, un gigantesque échangeur nécessitant « uniquement » la destruction du quadrilatère Papineau-De Lorimier-Maisonneuve-Ontario pour prendre le pont Jacques-Cartier, ou encore une dizaine d’installations aussi horribles que l’échangeur sur Des Pins, heureusement démoli depuis une vingtaine d’années?
Que ce soit sur le plan architectural, de la qualité de vie, ou encore de la conception même de l’idée de ville, ces projets pharaoniques ont terminé leur course dans la poubelle de l’histoire. Et le vélo, lui, a péniblement continué à gagner des adeptes, même si les infrastructures n’ont suivi que très, très lentement.
Ce que Simon Lord nous dit, toutefois, c’est que le transport à deux roues a repris du poil de la bête, en parallèle d’une révolution dans la façon de penser notre vie commune, et dans la foulée d’une crise climatique qui appelle à revoir nos façons de nous déplacer.
Force est d’admettre, cependant, qu’il y a encore énormément de travail à faire pour faire coexister le vélo et l’omniprésente automobile, et que les avancées vont forcément varier en fonction des gouvernements en place.
Par contre, une chose est claire: le vélo est là pour rester.
Avec parfois – ironiquement – un peu trop d’attention aux détails, Simon Lord propose, dans cette Petite histoire du vélo à Montréal, non seulement une recension historique de l’existence de ce mode de locomotion dans la métropole, mais aussi un regard fascinant sur la conception de l’urbanité. À découvrir.
Petite histoire du vélo à Montréal, de Simon Lord
Publié aux éditions du Boréal, 282 pages





