La guerre en Ukraine l’aura prouvé hors de tout doute: l’heure est à la révolution technologique sur le champ de bataille. Et pour tenter de cour-circuiter un processus décisionnel qui est désormais jugé comme étant beaucoup trop lent, une entreprise québécoise met de l’avant une solution largement clé en main, autant pour la défense que pour la société civile.
En entrevue avec Pieuvre, Edward Zimmerman, directeur de la technologie chez Sentinel Advanced Military Solutions, est formel: plus que jamais, l’armée canadienne a besoin de solutions technologiques pouvant être déployées rapidement sur le champ de bataille, mais aussi lors de missions humanitaires.
Elle-même une jeune pousse rattachée à une autre compagnie québécoise, CMP Advanced Mechanical Solutions, Sentinel a récemment lancé Star Forge, qui est présenté comme « un écosystème de défense intégré » qui combine capacités militaires, mais aussi puissance manufacturière et logistique.
De l’avis de M. Zimmerman, les avancées de Sentinel s’inscrivent « dans la volonté du gouvernement de Mark Carney de rétablir la réputation du Canada, à l’étranger, comme étant un partenaire fiable pouvant soutenir des objectifs des Nations unies, par exemple en lien avec les impacts de la crise climatique ».
« Les investissements dans les capacités militaires, dans les technologies, sont à double emploi », poursuit-il. On retrouve bien sûr la défense, mais aussi du côté de la vie civile.
« Tous les systèmes de drones que nous fabriquons, que nous pouvons contrôler avec nos équipements, peuvent ainsi servir à surveiller l’étendue de catastrophes, par exemple des feux de forêt, des inondations. »
Toujours selon M. Zimmerman, « nous ne voulons jamais nous retrouver en guerre; mais si cela doit se produire, nous voulons être prêts ».

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Une technologie en trois aspects
D’où la conception de Star Forge, dit le directeur de la technologie chez Sentinel. « C’est un système de systèmes », lance-t-il, sourire en coin. En fait, on y retrouve trois composantes: « Il y a d’abord la Forge, qui est une usine mobile; nous avons cherché à comprendre comment il était possible de gérer une usine au 21e siècle. Nous avons un logiciel pour gérer la production de drones et leur qualité, on utilise des imprimantes 3D, on a un système d’électricité hybride fonctionnant au diesel et avec des piles… »
« C’est un système mobile: nous pouvons l’embarquer à bord d’un avion de transport militaire; on peut l’emporter n’importe où dans le monde, et êtres fonctionnels en une demi-heure pour fabriquer des composantes, des drones. Ça nous donne une capacité extrêmement importante », déclare M. Zimmerman.
La deuxième partie du système, baptisée Apex, « est le système de contrôle et de surveillance » des drones utilisés sur le terrain. « C’est lui aussi un système modulaire, de la taille d’un conteneur, où l’on peut installer des opérateurs », poursuit Edward Zimmerman.
Enfin, la troisième partie permet par exemple à des gens sur le terrain de fabriquer des pièces de rechange pour des drones, voire construire des systèmes complets, au besoin.
Une évolution à toute vitesse
Les drones utilisés à des fins civiles ou militaires ne datent pas d’hier, mais encore une fois, la guerre en Ukraine aura représenté l’équivalent d’un gigantesque coup d’accélérateur dans ce domaine.
D’ailleurs, chez Sentinel, on dit ne pas s’appuyer nécessairement sur des technologies spécifiques qui ont fait leur apparition, depuis 2022, mais plutôt « tenir compte de la nouvelle réalité en zone de conflit », indique M. Zimmerman.
« Les avancées technologiques sont très, très rapides… En Ukraine, justement, les changements dans les systèmes de contrôle et les logiciels sont mis en place dans les 10 jours. Les changements dans les équipements eux-mêmes se produisent aux six semaines… Et en six mois, il est tout à fait possible que la situation stratégique ait complètement changé. »
Cette vitesse, poursuit M. Zimmerman, est aux antipodes des systèmes traditionnels d’approvisionnement des forces armées un peu partout dans le monde, y compris au Canada.
« Si on essaye de faire comme nous avons toujours fonctionné, cela ne marchera pas: par exemple, cela fait plus de 10 ans qu’on parle des avions F-35… Aujourd’hui, avec les conflits modernes, c’est impossible de prendre autant de temps. Nous devons recueillir les informations et prendre des décisions en quelques mois, pas quelques années. Le but de notre système, c’est de soutenir ce changement dans la manière dont nous essayons de nous préparer pour des conflits. »
D’ailleurs, M. Zimmerman n’hésite pas à évoquer des parallèles avec la vitesse de l’évolution des technologies militaires, ces dernières années, et les avancées réalisées durant la Première Guerre mondiale.
« Les avions, les chars d’assaut… Tout cela a changé la guerre. Et présentement, nous vivons la même chose qu’avec les biplans », dit-il.
Au cours des prochaines années, nous continuerons de voir des changements aussi rapides dans les technologies utilisées par les forces armées. Ça change tout. Complètement. C’est une nouvelle réalité… pour le meilleur et pour le pire.
Photo: https://DepositPhotos.com





