Alors que le président américain Donald Trump a probablement illégalement banni certains médias de la salle de breffage de la Maison-Blanche, et que les attaques contre les représentants de la presse sont toujours plus virulentes, les trois quarts des Américains considèrent pourtant que la liberté de presse est « très », ou encore « extrêmement » importante au bon fonctionnement de la société.
Mais ce résultat, qui découle d’une enquête menée par le Pew Research Center réalisée chez nos voisins du Sud, est immédiatement tempéré par les réponses fournies à une autre question.
En effet, lorsqu’interrogés à savoir s’il faut plutôt favoriser la liberté de presse (même si cela implique parfois des erreurs factuelles), ou éviter le plus possible les erreurs et la désinformation, même s’il faut pour cela restreindre le travail des journalistes, 53% des répondants optent pour la deuxième option, contre 45% qui favorisent la première.
Comme bien d’autres sujets éminément politiques, les opinions diffèrent largement en fonction de l’affiliation envers l’un ou l’autre des deux principaux partis. Ainsi, 72% des démocrates jugent que la presse américaine est devenue moins libre depuis le retour de Trump à la Maison-Blanche, contre seulement 15% des républicains.
À peine 12% des répondants, tous partis confondus, croient qu’au contraire, la situation s’est améliorée. Cette proportion passe à 20% chez les républicains, mais chute à 5% chez les démocrates.
En fait, la proportion d’Américains jugeant que les médias sont « entièrement libres » de rapporter les nouvelles est elle aussi en baisse, passant de 33%, en 2025, à 28%, cette année. Un total de 48% de participants croient que la presse américaine « est en bonne partie libre », alors que 23% estiment qu’elle ne l’est que « peu », voire « pas du tout ».
Depuis la réélection de Trump, les partisans des républicains sont presque deux fois plus nombreux que les démocrates à penser que les organes de presse peuvent ainsi rapporter ce qu’ils veulent, et son aussi, par extension, environ deux fois moins nombreux que les partisans des démocrates à craindre d’éventuelles restrictions de la liberté de presse aux États-Unis.
Des restrictions bien vues
Et ces restrictions pourraient être accueillies favorablement par une bonne partie de la population… quand elles ne sont pas déjà en place.
Toujours selon l’enquête du Pew Research Center, 60% des personnes interrogées estiment que le gouvernement américain devrait pouvoir forcer un média à retirer un article ou un reportage si celui-ci menace la sécurité nationale.
Et la moitié des participants jugent que Washington devrait disposer des mêmes droits lorsqu’il s’agit de fausses informations.
À l’opposé, cependant, les trois quarts des personnes interrogées refusent que l’État soit impliqué si un contenu « favorise clairement un camp politique », ou s’il « critique le gouvernement ».
Par ailleurs, 81% des Américains sondés croient que si un média se fait prendre à publier une fausse information, il devrait alors émettre un correctif. Le tiers des répondants sont aussi d’avis que le gouvernement américain devrait mettre le média en question à l’amende. Et environ la même proportion de gens vont jusqu’à donner leur accord pour que le journaliste fautif soit carrément congédié.
Qu’est-ce qui est faux?
Là où l’enquête du Pew Research Center s’avère incomplète, c’est en omettant d’inclure une définition, même sommaire, de ce qu’est une fausse nouvelle. Parle-t-on de désinformation? D’erreur factuelle? De mensonge? D’omission volontaire ou involontaire?
Il est également clair que l’idée d’une fausse nouvelle est perçue différemment en fonction, encore une fois, de l’affiliation politique. Avec un président qui considère comme une « fausse nouvelle » toute information venant contredire sa vision du monde (et qui ment régulièrement), et avec un écosystème médiatique conçu et bien rodé pour perpétuer la perspective (excessivement biaisée) des milieux de droite et d’extrême droite, bien des républicains sont enfermés dans un monde échappant largement au contact avec la réalité.
Il est alors très facile d’affirmer que l’on souhaite moins de fausses nouvelles et que l’État devrait intervenir – du moins, selon la moitié des participants à l’enquête –, mais on combine ici des avis potentiellement diamétralement opposés.
Il est fort probable, en fait, qu’en répondant à cette question, un partisan républicain juge que Washington devrait avoir le pouvoir de sévir contre le New York Times lorsque celui-ci publie des informations mettant Trump dans l’embarras, alors qu’un partisan démocrate imaginerait plutôt des sanctions contre Fox News, par exemple.
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