La crise des fausses informations et autres tentatives de désinformation prend des proportions endémiques, au Québec: selon la plus récente enquête NETendances, ce n’est pas moins d’un internaute sur trois qui serait exposé à des mensonges, en ligne. Et ce sur une base quotidienne.
Selon cette étude, soit l’édition 2025 du document intitulé Information, désinformation et cybersécurité, c’est sur les réseaux sociaux que l’on trouverait le plus de ces fake news. Ainsi, 82% des personnes interrogées sont persuadées qu’il s’agit là de la source d’information la plus susceptible de propager des fausses nouvelles.
Cette proportion n’est peut-être toutefois pas entièrement étonnante, puisque ces mêmes réseaux sociaux sont utilisés par près de la moitié (48%) des participants à l’enquête pour s’informer. Il s’agit de huit points de pourcentage de plus que les sites web d’information et la radio (40% chacun), mais c’est encore la télévision qui est la plateforme vers laquelle se tournent principalement les Québécois pour se tenir au fait de l’actualité (59%).
Sur les réseaux sociaux, cependant, les algorithmes pourraient jouer un rôle majeur dans la transmission d’informations correspondant aux points de vue des internautes (c’est l’avis de 38% des répondants), alors que les Québécois estiment aussi être soumis à des bulles de filtrage informationnel (65% des participants sont de cet avis).
« Or, écrivent les auteurs de l’enquête NETendances, lorsque l’information circule principalement entre personnes partageant les mêmes opinions, la désinformation ne rencontre plus les garde-fous naturels du débat contradictoire et de la diversité des perspectives. »
Autre conclusion importante de cette étude des habitudes en matière d’information, les 18 à 34 ans, déjà le seul groupe d’âge qui s’informe plus souvent sur une base hebdomadaire que quotidienne, se tourne bien souvent vers des « créateurs et créatrices de contenu spécialisé(e)s dans l’actualité », aussi appelés newsfluencer.
Si 42% des Québécois de ce groupe d’âge disent ainsi se tourner vers ce type de contenu, sur les différentes plateformes, la popularité de ces créateurs (Hugo décrypte, Alexplique, etc.) n’est pas garante de la qualité journalistique de leur travail, ni de leur respect des règles journalistiques élémentaires en matière de vérification des faits, d’objectivité et de transparence.
Des domaines plus propices aux fake news que d’autres
Devant la menace des fausses nouvelles, et donc des individus, des entreprises et des groupes mal intentionnés, tous les sujets ne sont pas égaux. De l’avis des internautes interrogés dans le cadre de l’enquête, c’est du côté de la politique, des conflits internationaux et des affaires étrangères, mais aussi des sujets portant sur la santé et la médecine que le risque d’être confronté à de la désinformation est le plus élevé.
Toute cette incertitude est mauvaise pour la confiance envers les médias traditionnels: ceux-ci n’obtiendraient plus que la confiance forte d’à peine 44% des internautes, en recul de trois points de pourcentage par rapport à l’année précédente.
C’est toutefois bien loin devant les médias sociaux, qui ne recueillent que 7% d’avis « très favorables ». C’est en fait près de la moitié des répondants (43%) qui ne font que très peu confiance à la véracité des informations que l’on trouve sur les divers réseaux sociaux.
Autrement, sans surprise, les personnes qui ne s’informent pas ne font confiance ni aux médias traditionnels, ni aux médias sociaux, nous indique-t-on.
« Quand l’information circule via de nouveaux intermédiaires et de nouveaux mécanismes, la question de la rigueur, des sources, des angles, de la transparence et des modèles d’affaires devient centrale. Le métier d’influenceur d’actualité se transforme en direct, à coups d’essais, d’erreurs, d’apprentissages et de corrections, et j’ai du mal à dissocier cette évolution de l’importance de renforcer la littératie médiatique et numérique des Québécois », mentionne ainsi Denis Martel, stratège en marketing numérique, à propos de cette mutation des habitudes de consommation d’informations et du déplacement des publics vers les diverses plateformes numériques.
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