La quasi totalité des adultes québécois sont branchés sur le web; selon la plus récente enquête NETendances, le taux de raccordement à internet atteint ainsi 94%. Mais pour ceux et celles qui n’ont pas accès à ce réseau essentiel, les obstacles (et les impacts) se multiplient rapidement.
Selon ce rapport, donc, l’an dernier, 8% des Québécois ne disposent pas d’une connexion internet à domicile; 2% utilisent uniquement des données mobiles, sur téléphone ou sur tablette, alors que 4% des répondants n’ont carrément pas de téléphone intelligent, de tablette, ou encore d’ordinateur à leur disposition.
Cette proportion augmente sans surprise avec l’âge, passant à 12%, chez les 65 à 74 ans, et même 21%, chez les 75 ans et plus.
Mais comme l’écrivent les auteurs de l’étude, « la fracture numérique dépasse largement l’accès » aux moyens technologiques. S’il l’ont tient déjà compte du fait que bien des services publics ne sont accessibles qu’en ligne, ou que très majoritairement en ligne, et que d’autres démarches essentielles, comme la recherche d’un emploi, sont excessivement difficiles à réaliser sans connexion internet, alors la situation est difficile pour bien des gens.
Toutefois, il faut ajouter à cela le fait que « 38% des adultes du Québec ont besoin du soutien d’une autre personne pour utiliser les technologies numériques », une proportion où l’on compte, peut-être de façon surprenante, une part non négligeable des 18 à 24 ans.
Ainsi, si un total de 53% des 75 ans et plus éprouvent des difficultés allant de minimes à importantes pour utiliser des technologies numériques, cette proportion ne baisse qu’à 48% chez les 18 à 24 ans, qui est pourtant la génération jugée comme étant la plus « branchée ».
« Dans ce contexte, ne pas avoir le bon appareil, ne pas comprendre une interface ou devoir demander de l’aide à quelqu’un ne constitue plus seulement un irritant technologique. Cela peut devenir un véritable obstacle à l’autonomie et à la participation sociale », lit-on encore dans le document.
Et ce ne sont pas toutes les personnes affectées par cette fracture numérique qui peuvent se tourner vers des proches pour obtenir de l’aide; même les bibliothèques, les organismes communautaires et d’autres institutions similaires n’ont pas toujours les moyens pour accompagner ces gens, souligne l’équipe de NETendances.

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Des compétences critiques déficientes
Par ailleurs, même si on est en mesure d’utiliser des outils technologiques pour naviguer en ligne et accomplir certaines tâches, y compris des démarches essentielles dans la vie de tous les jours, cela ne veut pas dire que l’on maîtrise certaines compétences que l’on pourrait juger comme étant nécessaires pour surfer en toute sécurité.
Ainsi, l’étude révèle qu’à peine la moitié (53%) des 11 000 adultes québécois interrogés disent être capables de « gérer leur confidentialité sur internet, notamment sur les réseaux sociaux ».
Une proportion similaire de sondés affirment pouvoir « évaluer la fiabilité et la crédibilité des sources d’information consultées en ligne ».
Et un peu moins de la moitié des personnes interrogées (47%) disent « comprendre les enjeux liés à la collecte et à la vente de renseignements personnels ».
La professeure Sandrine Prom, une spécialiste en marketing numérique interrogée par l’équipe de NETendances, parle même de ces compétences critiques comme d’un « angle mort de la fracture numérique ».
« Ceux qui maîtrisent le moins les outils numériques sont donc aussi ceux qui se sentent le moins capables de s’en protéger. Ce sont pourtant eux que la fraude et la désinformation ciblent généralement en priorité, pour leur manque d’éducation à la compétence critique », ajoute-t-elle.





