Du retour en force des téléphones à clapet aux combinés à l’ancienne, la mode des appareils et des accessoires rétro pourrait bien être un signe qu’un grand nombre de gens cherchent des façons de prendre leurs distances par rapport à leur téléphone intelligent.
Voilà ce qu’affirme Jess Hardley, qui fait partie du corps professoral de l’Université Edith Cowan, dans le cadre de travaux publiés dans le M/C Journal.
Aux yeux de cette personne, tout cela s’intègre « dans un désir plus vaste de mettre le holà à la relation étroite que les gens ont développé avec leur téléphone, au cours des 20 dernières années ».
« Les téléphones intelligents ont été conçus pour être avec nous en tout temps », mentionne Jess Hardley par voie de communiqué.
« Nous le traînons de pièce en pièce, nous le gardons à portée, et nous n’y pensons pas à deux fois lorsqu’il est question de le tenir, ou d’en regarder l’écran. »
Prendre ses distances
En s’appuyant sur plus d’une décennie de recherches effectuées auprès d’utilisateurs australiens de téléphones intelligents, la chercheuse a constaté qu’un grand nombre de personnes prennent activement leurs distances de leurs appareils électroniques.
L’une des participantes à l’étude a ainsi confié à Jess Hardley qu’elle embarrait son téléphone dans un tiroir de son bureau parce qu’elle avait développé une « obsession » pour les jeux mobiles et que cela affectait sa concentration.
« Ce qui m’a intéressée, ce n’est pas simplement que les gens voulaient moins utiliser leur téléphone. C’est le fait qu’ils créent souvent une distance physique avec l’appareil en le laissant dans une autre pièce, en l’embarrant dans un espace ou en le rendant plus difficile d’accès », dit la personne spécialiste.
L’étude révèle également un intérêt croissant pour les événements se déroulant sans téléphone, les restrictions imposées sur les applications, l’option d’afficher l’écran en noir et blanc, ainsi que pour les pochettes à téléphones utilisées lors de concerts ou de spectacles similaires.

Vous aimez nous lire et nous écouter? Pour continuer de vous offrir nos contenus, nous avons besoin de vous.
Pour seulement 5$ par mois, contribuez au succès de Pieuvre et obtenez l’accès à La Voûte, une série d’épisodes exclusifs du podcast Rembobinage. Abonnez-vous dès aujourd’hui!
Plus qu’une tendance du moment
Toujours au dire de Jess Hardley, la popularité des accessoires rétro, comme des espaces fixés au mur pour accrocher son téléphone, des combinés à l’ancienne connectés par Bluetooth ou par un fil à un appareil, ou encore les téléphones à clapet, ou encore dépourvus de fonctionnalités dites « intelligentes », pourraient être une facette d’une même médaille.
« Au premier regard, tout cela pourrait sembler découler d’un sentiment nostalgique, mais cela ouvre aussi la voie vers quelque chose de plus important: les gens semblent chercher des méthodes pratiques pour interrompre leur habitude consistant à s’emparer constamment de leur téléphone et d’interagir avec lui », dit encore Jess Hardley.
Cette étude est par ailleurs publiée au moment où les différents États australiens commencent à faire appliquer une interdiction, pour les élèves d’âge scolaire, d’amener un téléphone dans les salles de classe. Plusieurs pays ont également déjà adopté, ou envisagent d’adopter, une interdiction d’accès aux réseaux sociaux pour les 16 ans et moins.
« Nous voyons l’apparition de réponses personnelles et gouvernementales en parallèle », soutient Jess Hardley.
« Les individus trouvent leurs propres façons de prendre du recul par rapport aux téléphones intelligents, alors que les écoles et d’autres institutions mettent en place des règles qui limitent l’accès pendant certains moments de la journée. »
De l’avis de Jess Hardley, comprendre pourquoi les adultes expérimentent volontairement des méthodes pour s’éloigner des téléphones intelligents pourrait aider à comprendre des transformations plus vastes dans le rapport envers les technologies.
« Nous vivons toujours dans un monde dominé par les téléphones intelligents, mais nous voyons aussi les débuts d’une nouvelle conversation à propos des moments, des endroits et de la façon dont nous souhaitons qu’ils fassent partie de nos vies. »





