Il n’y a pas qu’aux États-Unis que la désinformation et le flot de mensonges concernant les institutions démocratiques et les élections ont un impact délétère sur la confiance de la population; selon une nouvelle étude de l’Université McGill, un nombre important de Canadiens adhèrent eux aussi à ces théories conspirationnistes et aux messages visant à saper le sentiment démocratique.
En vertu de ces travaux, récemment publiés dans Public Opinion Quarterly, et qui s’appuient sur des données recueillies entre 2008 et 2021, dans le cadre de l’Étude électorale canadienne, qui a regroupé quelque 72 000 répondants, mais aussi sur des informations à la suite des élections fédérales de 2021 et du scrutin québécois de 2022, cette confiance envers les institutions administrant les élections se serait fortement effritée depuis 2019.
« La majeure partie de la population canadienne a toujours confiance dans le processus électoral, mais nous avons constaté des écarts grandissants du niveau de confiance selon les axes idéologique et partisan », explique ainsi, par voie de communiqué, Mathieu Lavigne, le principal auteur de l’étude.
La baisse de confiance serait ainsi particulièrement marquée chez les tenants de la droite, ainsi que chez les partisans du Parti conservateur du Canada et ceux du Parti populaire du Canada, précise M. Lavigne.
L’impact de la désinformation
Cet effritement de la confiance envers le processus démocratique trouverait en partie son origine du côté du pays de l’Oncle Sam, où les mensonges abondent concernant de possibles fraudes électorales commises par les démocrates, principalement dans le cadre de la présidentielle de 2020, où Joe Biden a battu Donald Trump.
Sans surprise, alors, « les personnes qui s’informent sur les médias sociaux ou les médias alternatifs de droite tendent à avoir moins confiance en l’intégrité du processus électoral que celles qui consomment davantage de médias traditionnels », mentionnent les chercheurs de l’Université McGill.
Les auteurs se veulent toutefois rassurants: l’intégrité du processus électoral n’aurait pas diminué, au Canada. Les accusations visant à saper la confiance envers la démocratie seraient donc infondées, assure-t-on.
Toujours au dire de M. Lavigne, ces nouveaux travaux peuvent également être examinés via un autre prisme: celui du positionnement idéologique par rapport à la désinformation.
Selon lui, une autre étude, qui s’appuie sur des sondages réalisés pendant la campagne fédérale de 2021, et la campagne québécoise de 2022, « indique que les Canadiens de toutes les tendances politiques rejettent généralement la mésinformation, mais que ceux de droite sont plus susceptibles de remettre en question l’existence d’une vérité impartiale, de considérer que la lutte contre la mésinformation est biaisée, de tolérer la diffusion de fausses informations par les politiciens et de s’opposer aux interventions des gouvernements et des plateformes visant à y remédier ».
Enfin, pour M. Lavigne, la lutte contre la désinformation s’est « politisée, particulièrement chez les personnes qui ont le sentiment que les conservateurs sont ciblés ». Et pour améliorer la situation, il préconise « des mesures perçues comme équitables, non partisanes et capables de rallier l’appui de tout l’échiquier politique ».





