Après l’Espagne, où des chercheurs ont affirmé, hors de tout doute, qu’il n’existait pas de lien entre les nouveaux arrivants et la criminalité, voilà que des chercheurs des États-Unis, pays où la question de l’immigration est une arme politique depuis des décennies, parviennent à la même conclusion.
Cette nouvelle étude, réalisée par des chercheurs de l’Université de Californie à Irvine, vient solidifier l’idée selon laquelle la tendance constatée en Espagne, où la soi-disant criminalité plus importante chez les immigrants s’expliquerait par d’autres facteurs démographiques et sociologiques, serait la même ailleurs dans le monde.
« En droite ligne avec d’autres travaux du même genre, nous avons constaté que l’immigration irrégulière ne fait pas augmenter le taux de criminalité dans les villes américaines », mentionne ainsi Chaeris E. Kubrin, professeure en criminologie, droit et société et principale autrice de l’étude.
« Honnêtement, je ne suis pas vraiment surprise. »
Dans le cadre de leurs travaux, dont les résultats ont été publiés dans le Journal of Urban Affairs, les chercheurs ont examiné les données en matière de criminalité à travers 11 500 quartiers américains, ce qui représente quelque 46 millions de personnes, entre 2010 et 2018.
Ce qu’ils ont constaté est en fait l’inverse des messages de peur transmis par le Parti républicain et les tenants de la droite et de l’extrême droite américaine: dans les quartiers où la proportion de sans-papiers a augmenté, les crimes envers la propriété ont diminué, alors que les crimes violents sont demeurés stables.
De l’avis de la Pre Kubrin, ce profond fossé entre ce que les chercheurs savent et que le public croit n’est rien de nouveau.
« Il y a près de 100 ans, la Commission Wickersham publiait un rapport indiquant que la participation à des activités criminelles était plus faible chez les immigrants, que chez les habitants de souche », a-t-elle déclaré par voie de communiqué.
Pour estimer le nombre de sans-papiers à l’échelle des quartiers, les auteurs des travaux se sont tournés vers les données du recensement, avant d’employer une méthode similaire à celle utilisée par le département de la Sécurité intérieure.
Selon les chercheurs, les précédentes études sur la question n’évaluaient les liens entre les sans-papiers et la criminalité qu’à l’échelle des États, ou encore à l’échelle des grandes villes.
« Si d’autres travaux proposent des résultats clairs à propos de la relation plus large entre l’immigration et le crime, notamment pour la criminalité en ville, personne ne s’était encore intéressé à cette question que j’entends souvent, c’est-à-dire si je dois, ou non, m’inquiéter des sans-papiers dans mon quartier », souligne Derek Christopher, l’un des coauteurs de l’étude.
Au dire de ce dernier, « en fournissant des réponses à des questions de ce genre, nous n’aidons pas seulement le public en général à comprendre, nous aidons aussi les autorités à savoir où leurs efforts pourraient être les plus efficaces ».

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Les vols en hausse
Les chercheurs admettent toutefois que si les crimes envers la propriété et les voies de faits graves ont diminué, dans les quartiers où le nombre de sans-papiers est en hausse, les vols, eux, ont augmenté.
Doit-on alors comprendre que ces immigrants clandestins commettent plus de crimes?
Pas du tout, assurent les auteurs des travaux, qui parlent plutôt d’une tendance inverse, soit envers la victimisation, plutôt que le fait de poser des gestes illégaux.
Ainsi, selon ce qu’affirme John Hipp, l’un des coauteurs des travaux, ce que cette multiplication des vols « s’inscrit dans l’idée voulant que les sans-papiers soient très largement plus à risque d’être victimes de vols, en raison de leur recours plus marqué à une économie basée sur l’argent comptant ».
Et puisque ces mêmes immigrants clandestins ont peur de signaler les crimes à la police, cela les rend plus vulnérables, ajoute le chercheur.
Les auteurs de l’étude précisent toutefois ne pas pouvoir clairement établir un lien entre les vols et la victimisation, puisque les données étudiées ne révèlent pas le statut des victimes, mais selon eux, les tendances observables dans toutes les autres catégories de crimes font en sorte qu’il s’agit de l’explication la plus logique.
Des politiques migratoires remises en question
Comme le rappellent les spécialistes, toujours par voie de communiqué, le gouvernement américain dépense des milliards de dollars pour surveiller les frontières et tenter de débusquer les sans-papiers, en invoquant la sécurité du public comme principale raison de ce tour de vis.
Pour la Pre Kubrin, toutefois, il existe bien peu de preuves pour justifier un tel déploiement de moyens.
D’ailleurs, une récente étude révélait que parmi toutes les personnes arrêtées par ICE, la police des frontières, à peine le tiers possédaient un dossier criminel.
« Il est plus que temps de repenser l’encadrement de l’immigration, dans ce pays », martèle la Pre Kubrin.
« Les politiques en place sont largement inefficaces pour renforcer la sécurité publique, et pourraient en faire être plus nuisibles qu’autre chose. »
Et tout cela, c’est sans compter, aussi, l’impact économique gigantesque de ces efforts policiers. Ainsi, durant les neuf premiers mois de 2025, pas moins de 700 000 emplois auraient été perdus, en raison de l’arrestation de travailleurs, mais aussi de la répercussion de ces descentes de police.





